Partager l'article ! L'Empreinte: Genre : Fantastique / Shonen ai Rating : M Auteur : Jijisub Synopsis : ...
Genre : Fantastique / Shonen ai
Rating : M
Auteur : Jijisub
Synopsis : Gabriel Montargis hérite de la maison de sa grand-mère dans le sud de l’Italie. Les souvenirs d’un été particulièrement chaud quatorze ans auparavant lui remontent en mémoire.
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Une pluie fine s’abattait sur le pare-brise de la voiture. Qui aurait pu penser qu’en juin, il puisse pleuvoir en Calabre ? Le paysage désertique se dessinait à peine sous les phares de la Z4 qui roulait à bonne allure, malgré l’obscurité d’encre. Aucun réverbère n’éclairait cette route de campagne. Le conducteur avait les yeux fixés sur le chemin escarpé qui se déroulait, s’esquissant à peine sous la pâleur des phares.
La carrure athlétique qui se tenait derrière le volant paraissait plus grande dans cette obscurité omniprésente et donnait l’impression d’envahir le petit habitacle. Agacé par le bruit répétitif presque hypnotique que produisaient ses balais, Gabriel appuya sur un bouton de son autoradio et lança une playlist qu’il avait soigneusement enregistré depuis de nombreux mois. La voix du chanteur d’ACDC emplie le véhicule, ce dernier s’égosillait sur le refrain Highway to hell… Un sourire effleura les lèvres pleines de l’architecte. Pour lui ce voyage, correspondait plutôt au retour à son paradis perdu et non pas à l’enfer.
Sa grand-mère était décédée deux mois plutôt des suites d’une mauvaise chute. Gabriel à l’époque se trouvait sur un chantier en Inde et n’avait pu assister aux obsèques. Il avait appris de la bouche de son notaire à son retour, qu’il avait été désigné seul bénéficiaire testamentaire. Il était désormais nouveau propriétaire en Italie, d’une petite maison taillée dans la pierre, bordée d’un charmant petit potager et de simples. Sa grand-mère était considérée comme la « sorcière » par les villageois. Une rebouteuse aux talents si grands, qu’elle était connue sur des kilomètres à la ronde.
Un sourire naquit sur les lèvres de Gabriel. Nana avait considéré Gabriel comme héritier de ses dons. Pourtant, il n’avait jamais vu en quoi et pourquoi, il serait capable de reprendre le petit commerce de sa grand-mère. Gabriel n’avait aucun don particulier. Quoique les habitants du village l’aient toujours considéré comme un doux rêveur. L’architecte n’avait jamais compris pourquoi. Surtout qu’il avait été attiré par les pierres et non les médecines de rebouteux.
Les pensées de l’homme se dirigèrent vers le petit village aux pentes escarpées et même s’il était de taille modérée, il bénéficiait d’un magnifique petit château de type baroque. Ce bâtiment avait toujours intrigué Gabriel. Toutes ses modestes maisons, ayant un peu en retrait du village cette bâtisse… l’évocation du bâtiment rappela une nouvelle vague de souvenirs. Luigi devait être parti de toute façon. Et s’il était encore là, à quoi ressemblait-il ? Depuis le temps…
A l’époque de ses dix-huit ans et si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, cet homme en avait trente-deux. Son regard de braise, où semblait briller une certaine nostalgie lorsqu’ils se posaient sur lui. Les traits fins et pourtant terriblement masculin dudit propriétaire qui lui avait fait perdre la tête. Ses longs cheveux noirs ébène si profonds qu’un reflet presque bleu s’y trouvait prisonnier lorsqu’un rayon de soleil venait s’y perdre, ils étaient attachés parfois par un morceau d’étoffe rouge soyeuse, le rendant un peu plus séduisant pour son regard d’adolescent à l’époque.
Et sa carrure… ses muscles seyants si bien dessinés… Gabriel les avait caressé un nombre incalculable de fois, cet été là. Jamais, il n’avait comprit pourquoi un homme de cette classe et si mystérieux l’avait prit comme amant. Si ce n’est qu’il était intensément attiré par lui, voir comme envouté. Un lien existait entre eux mais, il avait toujours eu l’impression que lui seul était touché… pourtant…
Même encore aujourd’hui cela le laissait perplexe. Une légère rougeur envahit les traits de l’architecte en se remémorant les nuits torrides qu’il avait passé entre ses bras. Tous les hommes qu’il avait connu par lui suite, lui paraissait fades, aucun d’eux n’ayant réussit à le faire vibrer comme Luigi, fils d’un riche armateur italien, la plupart du temps seul entouré de ses domestiques.
Enfin, Gabriel ne se faisait aucune illusion. Le beau et sensuel Luigi devait avoir quitté le village et avoir rejoint les affaires familiales. Et puis, maintenant cet homme devait avoir femme et enfants… Il devait avoir oublié depuis.
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Le bolide s’arrêta devant un petit muret longeant la route. Le moteur ronronna quelques secondes encore pour faire place à un silence entrecoupé de bruits des animaux de la nuit. Lentement, Gabriel s’extirpa de son véhicule et étira sa longue silhouette. Ses muscles étaient endoloris et ses yeux verts clairs brillaient de fatigue.
La pluie avait cessé depuis une heure. Le village montagneux n’offrait que des formes sombres, sous la lueur fantomatique des rayons de lune qui réussissaient à percer les lourds nuages. Les yeux de l’architecte couraient sur la façade et la toiture de sa vénérable maison, à présent. L’odeur humide de la pluie avait fait sortir les arômes de fleurs, de terre et les effluves minéraux de la pierre chauffée par le soleil de plomb.
Gabriel sortit de son coffre un grand sac de sport dans lequel, il avait jeté quelques vêtements. Il avait profité de sa semaine de vacances pour régler avec le notaire de la ville voisine la vente de la maison qui était plus un fardeau pour lui qu’autre chose. Il n’y avait rien dans ce village qui le retenait. L’homme traversa rapidement la petite allée gravillonnée et sortit les antiques clefs de sa poche. Le cliquetis de cette dernière raisonna de manière sinistre dans le village. Gabriel fut presque certain qu’il allait réveiller tout le village.
Quand il franchit le seuil, les émanations de plantes séchées assaillirent ses narines. Il reconnu inconsciemment l’odeur de la camomille, de menthe poivrée, de cannelle, de thym, de romarin, de verveine, de bleuet et de décoctions qui devait sûrement macérer dans l’arrière cuisine. Toute la maison embaumait de subtils effluves de plantes et de fleurs. Il appuya sur l’interrupteur et la pièce à vivre se trouva dans le même aspect qu’il l’avait laissé quatorze ans plus tôt.
La grande table de bois brut, patiné par les années sur lequel un grand napperon crocheté trônait au centre. Autour, se trouvait six grandes chaises droites ouvragées. Un grand buffet dans lequel toute la vaisselle de la maison, ainsi que le linge et les papiers de sa grand-mère étaient entassés comme des trésors. Gabriel traversa la pièce et posa son sac, dans la pièce qui servait de chambre. Tout était rangé de manière impeccable. Comme si Nana veillait encore sur les lieux.
Epuisé par ses longues heures de route, Gabriel alluma la petite lampe sur son chevet et ferma toutes les lumières en prenant soin de verrouiller la porte d’entrée. Une bourrasque de vent vint se fracasser sur la maison, faisant sursauter l’architecte par sa soudaineté et sa violence. Le silence sépulcral qui suivit le mit un peu plus mal à l’aise. Gabriel se traita de crétin et regagna sa chambre. Il resta un long moment allongé, écoutant le moindre craquement extérieur qui ne venait pas… comme si la maison était hors du temps, ou d’une quelconque vie. L’homme s’endormit au petit jour, d’un sommeil sans rêve et de plomb.
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Se furent des coups répétés à sa porte qui réveillèrent l’architecte. Gabriel eut un mal fou à se remémorer l’endroit où il se trouvait. Il traversa la maison, en ayant une main posée sur son visage aux traits tirés, et sur sa barbe de deux jours. Lorsqu’il entrebâilla la porte, il rencontra le visage de Paolo. Gabriel le reconnu instantanément. Il avait toujours se visage aux traits lourds, ses yeux noirs profondément enfoncé dans leurs orbites et ses sourcils broussailleux. Un béret vissé sur la tête.
« J’n’en reviens pas… » S’exclama joyeusement le villageois en italien. « Quand j’ai vu la voiture immatriculé en France, je me suis dit qu’il ne pouvait s’agir que de toi ! Tu t’installes parmi nous ?
— Bonjour… Paolo… » Marmonna Gabriel.
Le visage du villageois respirait la joie d’être reconnu malgré sa longue absence.
« Et non… je vais vendre la maison…
— Ah… »
La déception se lisait à présent. Le regard du paysan fouillait dans le dos de l’architecte. Gabriel soupira et marmonna
« Tu veux rentrer ?
— Je ne veux pas te déranger… » Sourit Paolo en passant devant le français qui ferma la porte derrière son invité.
« Tu sais… ça a jasé que tu n’es pas pu assister à l’enterrement de Nana…
— J’étais en Inde et lorsque l’on m’a donné le message, les obsèques avaient déjà eu lieu.
— Ah… Et tu fais quoi à présent ? »
Paolo dévisageait l’architecte qui était entré dans la cuisine et qui déambulait avec aisance dans la pièce comme s’il y avait toujours vécu. En fait, quand Gabriel se retourna il eut l’impression de passer sous un stéthoscope.
« Je suis architecte…
— Et bien… si dans le village nous avions su que tu deviendrais quelqu’un d’important… On ne t’aurait pas traité d’idiot…
— Idiot ? Répéta Gabriel surpris.
— Ben… » Commença avec un grand sourire Paolo « Tu parlais souvent tout seul… et tu t’échappais de plus en plus de la maison de ta grand-mère. Enfin, c’est loin tout ça… Mon café… je l’prends bien serré ! »
Gabriel avait haussé un sourcil devant la description que faisait de lui son ami. L’architecte dosa le café et écouta d’une oreille distraite son ancien ami. Le village apparemment connaissait un regain d’activité avec le tourisme. La maison de sa grand-mère était très convoitée et apparemment, Paolo tenait à lui faire savoir…
« Grosso-modo, tu voudrais me la racheté ?
— Ben oui… Tu comprends, elle est située juste à côté de la mienne. Ma femme voudrait ouvrir un commerce de fleurs et souvenirs et moi, j’ai besoin d’un plus grand passage, si je veux agrandir ma boutique.
— Boutique ?
— J’ch’suis boucher !
— Ah…
— Bref… j’ch’suis prêt à t’en faire un bon prix !
— Je dois déjà aller voir le notaire demain…
— Et c’est qui sans indiscrétion ?
— Tu ne le connais pas. Enfin, je ne crois pas… Murmura Gabriel pensif.
— C’est un de la grande ville ?
— Oui… Il m’a été recommandé par un ami qui habite Reggio.
— Ah… »
Gabriel cru voir une lueur mauvaise dans le fond des yeux noirs. Il posa la tasse de café fumante devant Paolo et se servit sa propre tasse en silence. Son ami tentait de reprendre contenance et fit rouler la conversation sur les derniers potins de la ville. L’architecte s’aperçut qu’il tendait l’oreille pour savoir si le nom de Luigi serait utilisé. Mais, apparemment… Luigi ne faisait plus partie de la vie du village. Paolo prit rapidement congé de lui et avant de quitter la maison se tourna vers Gabriel
« N’oublie pas que je peux te faire une offre très intéressante pour la maison…
— Je ne l’oublierai pas Paolo… »
Après un dernier salut, le boucher quitta la maison de Gabriel qui ferma la porte pensif. Il avait beau se dire qu’il n’était pas réveillé… Il avait clairement sentit une menace chez Paolo lorsqu’il avait décliné sa proposition. Haussant les épaules, Gabriel fit le tour de la maison et revint dans la cuisine qui était pleine d’étagères encombrées de pots en grés, en verre dans lequel des plantes macéraient, des cristaux brillaient doucement également entre les différents récipients. Gabriel sourit lorsqu’il vit les symboles accrochés sur les différents murs de la cuisine. Nana lui avait affirmé qu’elle repoussait le démon.
Les yeux de Gabriel se reflétaient sur des pots en verre où se trouvaient des minéraux de différentes sortes et de différentes couleurs. Allant du vert au gris, en passant par le rouge et l’ocre. A sa surprise, Gabriel se rendit compte qu’il se souvenait parfaitement bien des noms des différents ingrédients qu’il croisait. Un sourire effleura ses lèvres. Finalement, les leçons que Nana lui avaient donné, étaient gravées dans sa mémoire.
Au cours de l’après-midi après avoir réglé tous les papiers qui attendaient sagement d’être réglés et fait quelques courses à l’épicerie se trouvant à deux pas de chez lui, Gabriel se décida à déambuler. Il voulait voir de plus près le village et prendre un peu l’air lui ferait du bien. A peine posa t-il le pied dehors que la chaleur écrasante s’abattit sur ses épaules. Enfin, il s’agissait d’une chaleur sèche et non humide comme celle qu’il avait connu en Inde. Ses pas l’emmenèrent au cœur du village. Gabriel fut surpris par le regain de vitalité qui avait envahit les rues de la cité presque médiévale.
Des petits commerces s’étaient ouverts et Gabriel appris qu’une petite usine d’huile d’olive s’était implanté non loin de Calanna. Le vignoble lui, avait été vendu à un nouvel exploitant et contre toute attente, l’activité vinicole redémarrait. Gabriel sut tous ses développements grâce aux anciens qui le reconnaissaient même s’il avait été absent durant une longue période. Gabriel soupçonnait surtout sa grand-mère d’avoir montré de nombreuses photos de lui aux villageois qui la côtoyait.
Gabriel constata au bout de quelques temps qu’il remontait la colline et que ses pas le conduisaient tout droit vers la maison de Luigi. Son regard s’attarda sur les façades ocre des maisons. En remontant, Gabriel croisa Isabella qui le salua chaleureusement avec un groupe de touristes aux basques. Après avoir passé la foule, quelque chose dans l’atmosphère changea. Gabriel ne su si c’était parce qu’il ne lui restait que quelques pas à faire pour se retrouver devant les murs de son ancien amant ou bien, si c’était parce qu’il se retrouvait seul abruptement.
Le silence était total. Gabriel n’entendait plus un son, même pas celui des grillons ou de la végétation qui se balançait doucement sous le vent. Ses poils se dressèrent sur sa peau, et l’architecte s’aperçut qu’il avait froid… qu’il était glacé alors que jusqu’ici il transpirait sous la chaleur presque écrasante. Le changement de température, Gabriel ne savait pas s’il avait été brutal ou progressif, tout se dont il s’apercevait s’était la chair de poule qui le gagnait.
Ses yeux remontaient vers les gros rochers rouges et ocre. Laissant bientôt place à un muret d’une hauteur d’environ un mètre surmonté de hautes grilles qui elles, devaient mesurer dans les quatre mètres. Derrière un jardin luxuriant s’y trouvait. Cela contrastait tellement avec l’aridité de la terre se situant à côté que cela le laissait perplexe. Même quatorze ans plus tôt, Gabriel se demandait s’il ne rêvait pas en voyant ce magnifique jardin à l’anglaise. Les doigts de Gabriel effleuraient la grille noire et son regard tomba au détour de l’angle, sur la magnifique bâtisse de trois étages. La couleur jaune poussin recouvrait les murs éclatants. Les colonnades et les montants étaient toujours blancs.
Rien n’avait changé en quatorze ans. Gabriel était toujours saisit par l’irréalité des lieux. Un frisson le traversa lorsqu’il cru apercevoir la silhouette haute de Luigi. Gabriel plissa les yeux comme pour mieux voir et il constata qu’il s’agissait bien de son ex-amant. Les jambes de l’architecte se mirent à trembler. Il n’avait pas l’air d’avoir changé… enfin, il était trop loin pour vraiment s’en apercevoir. Gabriel chuchota
« Luigi… »
Mais, le prénom avait à peine effleuré ses lèvres. Gabriel s’approcha de la grille et appela d’une voix plus forte
« Luigi ! »
Voyant que cela ne produisait aucun effet, Gabriel insista tant et si bien que son ex se tourna vers lui surpris. L’homme l’observa comme figé et Gabriel murmura
« Luigi… c’est moi… Gabriel… »
L’homme fit un mouvement mais, à la surprise de l’architecte, Luigi se détourna et prit la direction de la demeure. Feignant à présent de ne pas l’entendre et de ne pas le voir. Que se passait-il ? Et lui, pourquoi tenait-il autant à le voir et à lui parler ? Dépité, Gabriel resta cinq minutes, indécis. Puis, se détourna pour quitter les lieux. Son cœur battait la chamade et son âme semblait souffrir de cette subite indifférence.
Luigi était toujours le même. Portant, une immuable chemise blanche et un pantalon noir, serré par une ceinture en soie noire. Ses longs cheveux ébène flottant librement sur ses épaules et descendant jusqu’à la taille. Même de loin comme aujourd’hui, sa beauté était toujours aussi magnétique. Gabriel savait que s’il avait été proche, les lèvres pleines au pli sensuel de Luigi attireraient son attention. Il avait perçut l’attraction des orbes noirs qui s’exerçait toujours sur lui.
Lentement, Gabriel quitta le grillage comme à regrets et descendit vers le village. Peu à peu le bruit de fond de la campagne reprit le dessus, comme s’il sortait d’un cocon ouateux qui l’empêchait d’entendre. La chaleur l’écrasa comme une chape de plomb lorsqu’il aborda la première maison du village. Lorsqu’il entra à nouveau dans l’ancienne demeure de sa grand-mère, il était en nage. L’architecte se dirigea vers le réfrigérateur et sortit une bière fraiche.
Luigi était toujours dans le village. Il l’avait entendu, vu et il en était certain… Luigi l’avait reconnu. Sinon pourquoi aurait-il autant hésité ? Gabriel posa sa canette fraiche sur son front. La chaleur l’accablait et il se demanda comment il allait pouvoir survivre dans ce four. Il fouilla dans sa mémoire et il ne se souvenait pas d’avoir été accablé de la sorte, lorsqu’il était plus jeune.
Pour oublier Luigi qui de toute façon refusait de le voir, Gabriel sortit son portable et se connecta à son bureau. Il répondit au courrier en cours. A sa surprise, l’architecte eut beaucoup de mal à se concentrer sur le dossier sur lequel il travaillait actuellement. Un sourire effleura les lèvres de l’homme en songeant qu’en Suisse il ferait moins chaud.
Gabriel s’admonesta et se força à répondre à tous ses messages et en profita pour donner ses directives à sa secrétaire. L’architecte au bout de quelques minutes ne savait plus très bien ce qu’il faisait et lentement, ses yeux dédoublèrent l’image qu’il voyait. Une atroce migraine lui enserrait la tête et une abondante sueur lui recouvrait le front. Gabriel se leva et se traina jusqu’à l’évier pour se prendre de l’eau fraiche mais, l’homme tomba inanimé sur le sol.
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Luigi haussa un sourcil en voyant son invité bouger légèrement. Il repoussa une mèche qui tombait devant ses yeux. Un soupir passa ses lèvres et il attrapa un verre de vin se trouvant sur la desserte près de lui. Gabriel… jamais, il n’avait pensé le revoir un jour. Non, c’était un « pieu » mensonge. Un sourire amer effleura ses lèvres.
Gabriel n’était plus l’adolescent qu’il avait aimé mais, un homme terriblement séduisant. Il avait perdu le côté juvénile qui l’avait séduit lorsqu’il était plus jeune. Pourtant, aujourd’hui, ses cheveux blonds bouclés, ses traits réguliers devenus plus affirmé, la stature athlétique de l’homme éblouissait Luigi. Et puis… Gabriel était son autre ! Il avait compris après son départ ce qui l’attachait autant à cet homme. Sa gorge se noua. Et si… « l’autre » se réveillait ?
Luigi soupira et se redressa pour marcher de long en large. Pourquoi était-il revenu après toutes ses années ? Luigi sirota son verre tout en jouant avec le pied du verre entre ses doigts longs doigts fins. Gabriel semblait se réveiller enfin et lorsqu’il rencontra le choc de ses yeux clairs, un certain malaise s’empara de l’homme. C’était surtout les sentiments qu’il éveillait chez l’homme qui l’agaçait. Luigi le repousserait, il fallait que cet homme le déteste, s’il voulait vivre !
« Je peux savoir pourquoi es-tu revenu Gabriel ? Demanda presque sèchement Luigi.
— Je savais que c’était toi… Luigi… Tu n’as pas changé d’un pouce depuis que nous nous sommes quitté…
— Je t’ai posé une question. »
Les deux hommes s’observèrent et Luigi, se raidit sur sa chaise. Le charme de Gabriel le touchait en plein cœur. Pire que cela, ce type l’envoutait mais, entre eux rien n’était possible. Il ferait souffrir cet homme pour lequel toutes ses pensées s’étaient tournées durant quatorze années. Torturé par son dilemme. Gabriel semblait affecté par sa froideur mais, il ne céda pas à son propre caprice.
« Ma grand-mère est décédé et… je suis venu vendre la maison…
— Tu ne la reprends pas ? S’étonna Luigi intrigué soudainement.
— Non… mon travail ne me permettrait pas de pouvoir vivre ici. Je suis venu seulement vendre ce bien. Je ne resterai pas ici…
— Intéressant…
— Tu ne seras plus importuné ainsi ! » Lança froidement Gabriel visiblement en colère. « Au fait, peux-tu m’expliquer comment de ma cuisine, je me retrouve dans ton salon ? »
Luigi se caressa la lèvre inférieure du bout du doigt. Son attitude contemplative n’indiquait pas à Gabriel le fond de sa pensée. Agacé, l’architecte voulu se lever mais, en fut incapable. Luigi vit la tentative de Gabriel et eut un petit sourire ironique.
« Gabriel… Gabriel... » Murmura doucement Luigi. Son regard brilla un peu plus et il reprit d’une voix un peu narquoise « Tu es incapable encore de te rendre compte de tes pouvoirs ? De savoir qui tu es réellement ?
— De quoi me parles-tu ? Et que m’as-tu fait ?
— Moi ? Rien en particulier… Tu es seulement dans mon univers et tu n’y fait pas ce que bon te semble… Repars rapidement Gabriel et ne revient plus me voir. Oublie-moi si tu veux vivre… »
Gabriel arrêta de gigoter et fixa son interlocuteur. Luigi avait un sourire languissant à présent. Son regard l’hypnotisa au point de se sentir aspirer par son vis-à-vis. Son cœur se mit à battre un peu plus vite, sa gorge s’assécha et son regard se troubla.
« Lu..igi.. »
Sa voix n’était plus qu’un filet et Gabriel sombra. Une grande peine s’afficha sur les traits de Luigi. Il observait l’âme de son ancien amant quitter les limbes où il l’avait attiré. Luigi attrapa son verre et le finit d’un trait. Un immense soupir franchit ses lèvres. Pourquoi avait-il fallu qu’il revienne ici ? Peut-être que le moment était-il arrivé pour eux de régler leurs… différents ? La mort lui semblait plus amère qu’avant à présent.
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Gabriel se leva péniblement du sol où il était tombé. Une horrible migraine le tenaillait toujours. C’est avec difficulté qu’il se redressa. L’air embaumait étrangement la myrrhe et la lavande. L’architecte resta un moment devant son évier en y prenant appui. Que s’était-il passé ? Gabriel ne se souvenait de rien et pourtant, il était sur que quelque chose d’important s’était produit. Quelque chose qui le déconcertait et… l’avait touché profondément.
Son regard balaya la pièce mais, rien à l’intérieur n’évoquait le moindre souvenir. Un frisson le parcourut et Gabriel ressentait le besoin de quitter les lieux. En jetant un bref coup d’œil à sa montre, il constata qu’il n’était pas loin de l’heure pour dîner. Il rassembla ses affaires et quitta les lieux.
L’architecte se sentait étouffé et il avait comme qui dirait besoin d’air. Gabriel monta dans sa voiture et fila vers une ville peuplée. L’homme passa dans un petit restaurant sans prétention ou de nombreux supporters de foot s’égosillaient devant un écran géant de télévision. Il commenta le match de football avec ses inconnus. L’atmosphère animée et joyeuse de l’estaminet lui permirent de relâcher la tension qu’il avait malgré lui accumulé sans s’en apercevoir.
Mais, lorsqu’il monta à nouveau dans sa voiture pour regagner sa maison de sa grand-mère, son cœur se mit à battre furieusement. Un malaise l’étreignit. C’était diffus et pourtant, c’était comme une menace qui planait au dessus de lui. Gabriel se traita d’imbécile et mit le moteur en marche. Comme pour se donner du courage, il mit en marche son autoradio et le mit un peu plus fort qu’à son habitude. L’homme ne voulait pas entendre son cœur cogner dans sa poitrine.
Presque trois quart d’heure plus tard, il remonta la petite allée. Tout était si silencieux. Plus que la veille au soir. Presque comme s’il se retrouvait aux portes du château. Ce silence l’abrutissait presque. Pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, Gabriel donna un coup de pied dans les caillasses et le roulement que produisit la pierre qu’il délogea de son emplacement, le fit sursauter. Lentement, puis de plus en plus vite dans une sorte de vacarme dans se silence lugubre.
Quelque part rassuré qu’il y ait un bruit quelconque autre que celui de ses pas, Gabriel remonta l’allée. Il franchit la porte et lorsqu’il alluma la lumière vit que tout était en place. Pourquoi s’attendait-il à trouver autre chose ? Lassé de ses peurs irraisonnées, Gabriel se rendit dans la petite salle de bain et en ressortit une demi-heure plus tard en pyjama exténué. L’homme s’effondra sur son lit et s’endormit comme une masse.
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La première chose qui apparut clairement à Gabriel fut l’immense porte à double battant. Le mot immense était un euphémisme. Elles avaient été taillées par un géant. Elles ressemblaient à un immeuble d’une quinzaine d’étages. Chacun des battants montrait une image symbolique du bien et du mal. Enchevêtrement de corps d’une part difformes et de l’autre des corps humains. Au milieu, se trouvait un symbole sculpté et qui formait les poignées des portes. Gabriel était sur d’avoir déjà vu se emblème. Mais, fut incapable de dire où exactement.
« Je n’aurai jamais cru que tu puisses venir jusqu’ici… Enfin, en connaissant ton état d’esprit actuel. Tu n’as pas abandonné ton « état humain »»
Surpris dans sa contemplation, Gabriel se tourna et rencontra les yeux si sombres de Luigi. Ce dernier s’approchait lentement, presque paresseusement. Les yeux noirs détaillaient l’homme qui se tenait immobile, calme et surtout interrogatif.
« Tu n’es même pas surpris… » Souffla Luigi.
— Où suis-je…
— Devant ma porte…
— Ta porte ? » S’étonna Gabriel qui reporta son attention aux doubles portes sculptées.
Luigi s’arrêta à la hauteur de Gabriel. Ce dernier s’aperçut que son ex était plus grand que lui d’une bonne tête. Gabriel se demanda comment cela pouvait-être possible, lui-même mesurant près d’un mètre quatre-vingt dix. Et… jamais, il ne lui avait paru aussi « grand ».
« C’est très simple… Tu n’es plus dans ta dimension… tu ici chez moi. Mon vrai chez moi ! Sache tout au moins, que je n’ai pas ma taille « normale » pour ne pas t’effrayer. Je me suis contenté de revêtir une forme qui ne te repousserait pas.
— Une forme ? Je ne comprends rien à ce que tu me dis Luigi et…
— Mon vrai nom, n’est pas Luigi… j’aimerai que tu m’appelles pour une fois par mon vrai prénom « Lanaël ». Enfin… que tu le prononces une nouvelle fois…
— Lanaël ?
— Oui… »
L’homme s’était tourné vers lui et un sourire effleura ses lèvres. Lanaël se sentit soulagé pour la première fois et ce depuis des années. L’incompréhension se lisait sur les traits de Gabriel. Lanaël qui ne pensait pas une nouvelle fois retrouver Gabriel sur sa route et surtout pas devant sa porte se sentait déconcerté. Mais, si Gabriel se retrouvait ici…
« Je suis un Doremions… un Ange créé par Dieu pour veiller sur les failles qui existent entre ce que vous appelez l’enfer, le monde terrestre et le Royaume de Dieu. Nous n’existions à l’origine que pour veiller sur les âmes humaines qui se perdaient dans les limbes et les ramener aux cieux. Mais, la chute des Anges mené par Lucifer a créé ses failles. Voyant les nouvelles invasions dans son royaume, Dieu nous a donné pour mission à nous les anges noirs, capable de voyager dans les dimensions, de garder ses portes. Nous n’avons jamais plus revu le Royaume d’en haut, et si nous voyons le monde d’en bas… c’est une autre histoire… »
Lanaël semblait s’être perdu dans ses pensées.
« Qu’est ce que j’ai à voir là-dedans ? » Demanda Gabriel qui ne comprenait strictement rien.
Lanaël se dirigea vers sa porte et caressa le battant presque amoureusement. Il semblait plongé dans ses réflexions et murmura
« Il y a des centaines d’années en arrière, les humains avaient l’esprit ouvert. Ils étaient proches de la nature et certains plus que d’autres… ces derniers avaient le don de voir le monde de l’invisible… d’autres plus encore, de traverser les dimensions. Et un plus petit nombre encore était capable de nous voir… nous les invisibles, les créatures de Dieux qui sommes là, pour veiller sur ses autres âmes qu’il a emprisonné dans un corps fait de chair et de sang. » Lanaël se tourna à nouveau vers Gabriel, son regard se fit plus intense. « L’une de ses humaines, que vous appelez sorcière venait me rendre visite très souvent… Je l’ai connu enfant, puis adolescente et enfin femme. J’en suis tombé amoureux… Si amoureux que je lui ai donné ce que les humains appellent des dons…. Ils se sont transmis de génération en génération… plus ou moins présents… »
Un sourire triste effleura les lèvres de Lanaël. Son regard rencontra celui de Gabriel et ce dernier sursauta quand la main de Luigi effleura sa joue. Il ne l’avait pas vu se déplacer. Brutalement, un fracassement se fit entendre. Lanaël n’y porta pas attention, contrairement à son invité qui semblait terrorisé soudainement.
« Comment un ange peut-il tomber amoureux ? Comment… pouvez-vous… enfin, n’est-ce pas interdit par Dieu ? » Demanda Gabriel stupéfait.
Le rire de Lanaël raisonna longuement dans cet espace où seule une porte se dessinait. L’ange haussa un sourcil moqueur et déclara presque gentiment
« Les humains avaient un esprit très fermé sur les commandements de Dieu. Comment Dieu qui est amour pourrait condamner le sentiment qu’il représente lui-même ? Et sincèrement, tu es le plus mal placé pour me parler de cela… » Remarqua le Doremions.
Gabriel resta figé et dévisagea celui qu’il avait appelé si souvent Luigi. Sa gorge se noua et il entrevit dans son regard de la souffrance. L’ange reprit
« Cette femme a eut un enfant… et je ne l’ai jamais revu à partir de ce moment-là. Seuls, les enfants de ses enfants pour certains me voyaient ou m’apercevaient mais, je n’ai jamais pu leur parler… comme je te parle ! »
Les yeux de Gabriel s’ouvrirent et il demanda d’une voix éteinte, lorsque les paroles de l’ange eurent franchit son esprit.
« Je… je suis un de ses descendants ?
— Oui… Pour être exact, tu es le treizième descendant… Le seul avec qui j’ai pu parler et…
— Coucher ! Hurla brutalement Gabriel au bord de la nausée.
— Oui… Nous avons fait l’amour… mon autre partie de moi-même… »
Lanaël en voyant le malaise de Gabriel voulu à nouveau caresser sa joue mais, l’architecte se recula brutalement. Une colère sourde emplissait ses veines.
« Comment as-tu pu coucher avec un humain ? Comment un être angélique peut-il avoir ce genre de rapport, cela n’a rien à voir avec de l’amour ! » Hurla Gabriel empli par le désespoir et de frayeur.
— Je t’aime, et je t’ai toujours aimé Gabriel…
— Faux ! Coupa l’architecte.
— Tu m’aimais toi aussi… Il fut une époque… à présent, ton jugement semble faussé par tes fausses croyances humaines… Ou plutôt, ce qui te semble le plus juste pour toi ! »
Les yeux verts si limpides étaient tourmentés. La pupille était dilatée, rendant presque noire l’iris. Gabriel se reculait fou de désespoir et d’angoisses. Comment cela avait-il pu se produire ? Tout cela n’était que le fruit de son imagination. Un sourire triste effleura les lèvres du Doremions qui chuchota
« Je te laisse repartir dans ton monde… Mais, je vais faire en sorte que nous ne puissions plus nous croiser…
— Pourquoi ? S’insurgea Gabriel…
— Tu as peur de moi… Et puis… nous n’avons plus rien à faire ensemble.
— Laisse-moi le temps de m’habituer ! Je ne…
— Gabriel… Tu as le nom d’un ange… mais, tu n’en ai pas un…» Chuchota Lanaël. Son expression se modifia encore et il reprit. « Je vis ici seul et je suis condamné à être seul. Si tu viens me rendre visite comme tu l’as fait à présent… Je vais souffrir et m’affaiblir. L’amour n’est fort que s’il est partagé. Un Doremions doit être fort pour tenir ses portes ! »
Et comme s’il se réveillait d’un mauvais rêve, Gabriel se rendit compte que les portes vibraient sous les coups. Le battant se boursoufflait, chose qu’il n’avait pas remarquée plus tôt. Gabriel se tourna vers Lanaël et vit les larmes qui coulaient sur son visage.
« Je suis lié à ma porte… Gabriel… »
Et sans laisser le temps à l’architecte de réagir, Lanaël renvoya abruptement Gabriel à son corps. L’ange se construisit un passage pour retourner lui-même à une dimension terrestre. Un ricanement se fit entendre de la porte et une voix cave remarqua narquoise.
« Lanaël… le sage Lanaël qui est tombé dans les griffes d’un démon qui s’ignore… Combien de temps encore resteras-tu sur le chemin de Dieu ? Il reviendra encore et tu succomberas ! Il a été créé pour te mener à ta perte et… tu y as déjà goûté… Crois-tu qu’Il ignore ton pêché ? Tout comme les six précédents, tu tomberas… Bientôt les treize gardiens des portes seront tous sous notre jouc ! Accepte ton destin… »
L’ange noir ferma la dimension et n’écoutait plus les paroles du démon venu le tourmenter. Il savait Gabriel l’un d’entre eux. Il savait qu’il ne pouvait plus succomber… Même si… ce même démon était son âme jumelle. Lanaël se sentait faible et son regard balaya les meubles de sa maison. Lentement l’ange sortit dans son jardin et il fixa le ciel.
« Pourquoi nous mets-tu à l’épreuve ? Ne sommes nous pas tes anges ? Les gardiens des portes des dimensions ? Pourquoi un ange tombe-t-il amoureux d’un démon ? Pourquoi as-tu permis la germination de cette âme dans ce corps ? »
Lanaël traversa le jardin et observa les touristes qui entraient dans ce qu’ils voyaient comme des ruines. Ignorant sa présence. Ignorant tout ce qui faisait son chez lui depuis des siècles et des siècles.
°°0°0°°
Gabriel se redressai péniblement. Il avait encore perdu la mémoire. Encore une fois ! La colère l’envahit. Quelque chose le troublait. Pourquoi était-il tourmenté ? Pourquoi cette sensation de vide ? Quelque chose d’important avait été dit et une fois encore, il en ignorait le contenu. Quelque chose s’agitait en lui presque furieusement. Le bruit de la cloche de l’église au loin l’interpella.
Sans attendre, l’architecte sauta du lit et se précipita dans la cuisine. Il mangea ou plutôt, il dévora tout ce qui lui tomba sous la main. Gabriel était bien incapable de connaitre la raison de cette faim subite. Une heure plus tard, il remontait le village pour se diriger vers le château de Luigi. Il savait que quelque chose s’était passé et que c’était là-bas qu’il aurait ses réponses.
Arrivé devant les grilles, son regard lui renvoya deux images. L’une du château de Luigi qu’il connaissait si bien, et l’autre de ruines qui lui étaient inconnu. Il entraperçut son ancien amant et sans hésiter, il traversa le jardin pour aller à la rencontre de son ex. Ce dernier fut surpris de le voir devant lui.
« Tu me vois encore ?
— Que me racontes-tu ? J’ai essayé de te voir et tu m’as ignoré ! Et… je vois… tout trouble… Luigi… je veux te voir. Je… Je voulais te revoir depuis si longtemps. »
Gabriel posa ses mains sur les épaules de Luigi qui lui semblait désemparé.
« Pourquoi reviens-tu me torturer ? » Souffla le propriétaire du château.
— Je t’aime… Je t’ai toujours aimé et je n’ai pas l’intention de te torturer. Alors… S’il te plaît, écoute-moi…
— Ton âme a encore effacé nos conversations… Toi le démon, qui porte le prénom d’un ange… » Chuchota Lanaël.
Gabriel s’arrêta net. Les yeux de l’architecte s’arrondirent comme des soucoupes prenant l’homme qu’il tenait à bout de bras pour un fou. L’ange noir s’approcha de Gabriel, un doux sourire sur les lèvres.
« Moi aussi, je t’aime Gabriel… »
Lanaël se pencha et embrassa son ancien amant et lui insuffla un souffle divin. Gabriel sentit son cœur tambouriner et il se sentit transporter, comme en apesanteur. Son regard se noya dans celui de son ex et sa mémoire s’ouvrit. Se fut comme un torrent terrifiant. Son âme qui avait été cacheté reprenait sa place.
« Moi… Bealyth… Je jure de te rapporter la tête du Doremions appelé Lanaël, Oh mon maitre ! » Fit de sa voix forte le démon.
Lucifer observa l’ancien prince des dominations devenu archi-duc des enfers. L’ancien ange leva son regard sur le toujours aussi séduisant ange préféré de Dieu. La colère en lui était sourde. Combien de fois aurait-il aimé se venger ? Mais, cela ne lui était pas possible… pas pour l’instant. Il devait encore et toujours montrer son allégeance à ce traitre qui l’avait entrainé dans sa chute.
« Je vais supprimer ta mémoire pour ta prochaine incarnation. Plus tu te présenteras sous un jour humain, plus tu auras de chance de l’approcher. Sa porte des dimensions n’a toujours pas cédé et tu sais qui commence à s’impatienter !
— Comment pourrais-je m’approcher de lui sans avoir mes pouvoirs ? Ma force ? Ou ma mémoire ? Protesta l’archi-duc.
— Fait-moi confiance… Bealyth… L’innocence est la meilleure arme contre les anges… L’aurais-tu oublié ?
— Non… Maître… »
Bealyth se redressa. Sa carrure imposante et athlétique donnait l’impression qu’il remplissait l’espace. Lucifer appréciait sa beauté, sa force et son courage… Comme lui, il avait perdu sa place au paradis… Comme lui, il avait une place privilégiée… Il avait retrouvé une fonction équivalente en enfer, tout comme lui. Lucifer appela ses prêtres et la cérémonie débuta. Le maître des enfers utilisa la ruse pour transformer l’âme de l’ancien chef des Dominations dans le corps réservé comme réceptacle pour une âme évoluée que Dieu avait choisit.
Sans état d’âme, Lucifer la kidnappa grâce à l’intervention des anges déchus à sa solde et l’envoya en enfer. Il la remplaça par Bealyth. Gabriel vit sa lente métamorphose en fœtus pour naitre et grandir en tant qu’homme. Sa lente progression dans le monde humain où les prêtes avaient toujours veillé à ce qu’il ne lui arrive rien et surtout à faire paraître son âme en tant qu’âme humaine.
Quelque chose en Gabriel se fendit. Son âme vibra et le sol fut soulevé par un tourbillon de poussière. Il releva la tête et Lanaël vit le désespoir dans le regard vert.
« Comment as-tu su ? » Chuchota la voix rocailleuse de Bealhyth.
— Tu peux être fier… Je ne m’en suis pas rendu compte immédiatement… C’est seulement avec ton départ que les choses se sont mises en place…
— Pourquoi ? Pourquoi n’as-tu pas cherché à me supprimer… tu le peux, je n’étais qu’un humain ! »
Lanaël observa longuement le visage tourmenté de « l’humain » Gabriel. Son cœur se gonfla pour l’âme qu’il apercevait derrière les pupilles dilatées.
« Je ne sais pas si tu peux le comprendre… Mais, je t’ai aimé… en tant qu’humain Gabriel… et même si je sais qui tu es aujourd’hui, mon amour ne s’est pas flétrit. Je t’aime autant si ce n’est plus en connaissant ta vraie nature…
— Je pourrai te détruire…
— Tu pourrais, c’est exact ! Mais, tu as aussi le choix… toi Bealhyth. Le choix de renoncer à ton projet…
— Imbécile ! Gronda l’archi-duc… Comme si il m’était possible de choisir ! Sais-tu sous quels ordres je suis ?
— Et connais-tu sous les ordres de qui, j’agis moi-même ?
— Tss… J’accomplirai ma mission…
— J’accomplirai la mienne… Bealhyth. »
L’ange noir changea la dimension dans lequel les deux créatures se trouvaient pour rentrer dans celui des dimensions où la porte se trouvait. Bealhyth abandonna son corps d’humain pour reprendre sa forme d’ange déchu. Pour la première fois, la porte prit une dimension à taille humaine face aux deux êtres ailés. L’une munie d’une paire d’aile noire et l’autre de six paires d’ailes qui se déployèrent en grand pour la première fois depuis des siècles et des siècles.
Bealhyth sortit son épée qui fendit l’air en provoquant des tourbillons et tempêtes. L’orage gronda et d’épais nuages noirs apparurent. L’air se fit plus chaud, une légère odeur de souffre parvenait aux narines des deux êtres.
Lanaël sortit sa propre épée et fit face au formidable démon qui se tenait devant lui. La puissance de son âme jumelle était écrasante. Ils n’avaient pas évolué de la même manière et n’occupaient pas les mêmes fonctions. Lanaël savait qu’il ne pourrait jamais raisonner Bealhyth. Sans se poser de question, il se déplaça et les deux épées s’entrechoquèrent sur le fil dans un grondement assourdissant raisonnant des enfers aux cieux.
Les mouvements des deux créatures étaient vifs et violents. Aucun ne voulant céder à l’autre. Lanaël restait parfaitement calme contrant chaque attaque pourtant s’abattant sur lui avec une douloureuse violence, provoquant à chaque fois un peu plus d’orages et de tourmente. Son cœur cognait régulièrement. Il utilisa l’eau pour contrer le vent que son autre partie de lui, envoyait pour le blesser. La porte des dimensions gonflait pour se rétracter en fonction du combat.
« Abandonne ! » Cracha Bealhyth alors que les deux créatures se rencontraient une énième fois pour croiser le fer. Lanaël resta de marbre et esquiva l’attaque à la dernière micro-seconde, se glissant derrière son âme pour le toucher mortellement.
« Qui crois-tu pouvoir berner ? » Hurla Bealhyth en plaçant son épée dans son dos juste à temps pour sauver sa vie.
« Réponds-moi ! » Rétorqua le démon en frappant de son poing l’estomac de l’ange qui n’avait pas vu venir le coup. Lanaël s’écrasa contre la porte. Un filet de sang coula de sa bouche. Il toussa ayant beaucoup de mal à reprendre son souffle. Jamais, il ne pourrait vaincre son bien-aimé. Bealhyth intercepta sa pensée et fronça les sourcils.
« Je ne suis plus celui que tu as connu Lanaël ! Oublie cette partie de moi et affronte-moi à armes égales ! Je n’ai aucun sentiment pour toi Lanaël… je n’en aurai plus jamais !
— Pourquoi me parles-tu alors ? Pourquoi m’as-tu aimer ? Chuchota l’ange noir.
Sans ajouter un mot, il se saisit fermement de sa garde à deux mains et fit voler sa lame à double tranchant soulevant des murs d’eaux. Il utilisa le prisme de ses murs pour se démultiplier. Lanaël fendit ses murs de son épée et toucha son adversaire qui grogna de douleur. Pourtant, le coup porté il le savait ne serait pas fatal. Le sang qui coula le long de sa lame le fit frémir. Ainsi était tombé ses autres frères des cinq autres portes ?
Bealhyth porta une main à ses côtes. Un liquide gluant glissa entre ses doigts. Comment cet ange avait-il pu le toucher lui ? Il porta ses doigts tachés à sa bouche et gouta le goût métallique du liquide visqueux. Il l’aimait ? Lanaël n’éprouvait pas la moindre pitié !
Après tout…. C’était pour cela qu’il le jalousait et qu’il l’aimait depuis la nuit des temps ! Il sortit un poignard de sa côte de maille discrètement et l’enfonça dans la chair de son adversaire alors que l’ange s’était approché trop près pour l’achever, sans hésitation, il plongea la lame dans le corps de Lanaël qui posa son visage contre le sien.
Son regard si sombre et surpris le toucha. Le temps semblait se suspendre à cet instant là. Le cœur des deux êtres battait à l’unisson, ils auraient pu s’embrasser… leur désir au-delà de la bataille n’avait fait qu’augmenter. La haine à laquelle ils essayaient désespérément de s’accrocher n’était que le reflet de leur amour si puissant qui couvait derrière.
Un bref sourire apparu sur les lèvres de Lanaël qui souffla contre les siennes.
« Je t’ai toujours aimé… que tu sois Bealhyth ou Gabriel… tu es et restera mon ange… »
Bealhyth observa le corps qui tombait lentement sur le sol, comme au ralenti. Le démon leva son visage vers la porte qui commençait à craquer avec l’amoindrissement des forces de l’ange noir. La voix moqueuse de Lanaël raisonna à ses oreilles et surpris, le démon baissa les yeux vers celui qui se mourrait.
« Tue-moi ! Achève-moi avant qu’ils n’arrivent ! »
Le regard vert devint de glace et à la surprise de l’ange noir, l’archi-duc attrapa son corps d’humain qui reposait plus loin. Et à sa stupéfaction, ce dernier utilisa ses pouvoirs pour transformer l’âme du mourant en âme humaine.
« Que fais-tu ? » Chuchota Lanaël stupéfait.
Après un bref regard vers l’ange noir, le démon marmonna
« Ne crois pas être le seul à avoir le privilège d’aimer Lanaël… »
Les doigts de Bealhyth caressèrent la joue presque avec tendresse de l’ange noir.
« Je te sauverai…
— Tu n’es pas lui !
— Nous sommes ses serviteurs et nous sommes à son image… Toi comme moi, nous avons le pouvoir !
— C’est ce qui t’as perdu… la recherche du pouvoir… »
Bealhyth baissa son regard vers Lanaël et suspendit ses gestes.
« Si je cherchais tellement se pouvoir… Pourquoi chercherai-je à reconquérir les cieux ? Pourquoi désobéirai-je à mon Maître… Le pouvoir, je l’ai ! Je commande quatre-vingt-six légions ! N’oublie pas qui j’étais Lanaël…
— Tu n’as rien à me prouver… mon amour… »
Bealhyth se pencha et embrassa brièvement celui qui fut son autre. Séparé par Dieu et condamné à ne plus se retrouver. La tendresse se reflétait dans leurs regards et abruptement, Bealhyth enferma l’âme de l’ange noir dans son ancien corps et lui donna une partie de ses souvenirs.
« Fait bon usage de ta vie… Gabriel ! » Souffla Bealhyth avec un sourire. Il utilisa ses pouvoirs pour faire tenir la porte encore quelques minutes des attaques des démons extérieurs. Le démon utilisa ses pouvoirs pour projeter le corps humain dans sa dimension. La main de Gabriel se retint à celle du démon qui le fixait interrogateur.
« Rejoins-moi…
— Impossible ! Et tu le sais… Vie… Aime… et quand tu Le retrouveras… ne rougit pas de ce qui a pu se produire. Tu n’avais aucune chance Lanaël ! C’est de sa faute à Lui ! »
Gabriel vit disparaître le démon au moment où la porte craqua faisant entrer des légions. Son cœur battait à tout rompre. Il se retrouva dans un jardin de ruines et d’herbes folles. Un vent chaud soulevait la végétation. Gabriel resta un instant anéantis et prostré. Lorsque la voix d’Isabella se fit entendre, il sursauta.
« Tu es malade Gabriel ? Demanda la jeune femme.
— Non… ou peut-être que si ! » Rétorqua l’architecte qui se redressa stupéfait de se retrouver là au milieu de l’ancien château.
— Tu devrais aller te reposer…
— Oui… Je devrais… »
L’homme repoussa ses cheveux blonds et salua brièvement les touristes toujours collés aux basques de la guide touristique. Quelque chose le tourmentait, quelque chose vibrait au fond de lui… Mais, il ne savait plus ! Lorsqu’il entra chez sa grand-mère, il s’y sentit étranger et ça pour la première fois de sa vie. L’architecte partit se rafraichir. Il passa plusieurs fois de l’eau fraiche sur son visage et lorsqu’il rencontra son regard dans la glace, se dernier était sombre presque noir. Avait-il toujours eu ses yeux là ?
°°0°0°°
Bealhyth se redressa de son trône et quitta la salle qui lui servait de pièce de réception. Il traversa les pièces de son palais et ses nombreux serviteurs s’inclinèrent sur son passage. Personne ne tenait tête à l’un des plus puissants démons des enfers. Lorsqu’il fut sur d’être seul, l’ancien ange quitta son palais pour regagner les hauteurs de son royaume.
Son regard s’éleva vers la voûte rocheuse et incandescente par endroit, glacé à d’autres… A présent… plus rien ne pourrait toucher Lanaël, même plus lui. Lentement les doigts du démon défirent les liens qui tenaient sa côte de maille. Sur son flanc, se trouvait une large cicatrice blanche. Mais, un autre stigmate se trouvait enfoui au fond de son cœur… une plaie béante qui n’avait pas finit de saigner.