Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 08:55

 

Losing My Way - Photo1

 

Chapitre I

 

Les rayons du soleil chauffaient le métal laqué d’une voiture de luxe noire, de marque étrangère, qui se faufilait rapidement et avec aisance dans la circulation dense de Tokyo. Rien ne semblait pouvoir arrêter le véhicule aux vitres teintées jusqu’à ce qu’il ralentisse sensiblement en s’engouffrant dans le labyrinthe sinueux des rues la vieille ville. Peu à peu, l’animation disparut, des villas cossues s’alignèrent avec ostentation de chaque côté de la route pour finalement laisser la place à de hauts murs en pierre cachant des demeures plus anciennes.

 

La berline passa entre les deux portes immenses d’une de ces résidences et roula au pas pour remonter l’allée. Le crissement des pneus s’entendait à peine sur le gravier. Le passager qui occupait le siège arrière caressa des yeux le jardin japonais soigneusement entretenu. Bientôt, au détour du dernier lacet, une bâtisse blanche sur deux étages se dressa ; imposante par le style, les dimensions et l’âge vénérable accumulé.

 

Le véhicule s’immobilisa silencieusement devant une armée d’hommes habillés en noir, alignés sur deux colonnes, formant une haie d’honneur pour les visiteurs attendus. Le visage sombre et l’air de solennité qu’ils arboraient, aurait glacé d’effroi quiconque les aurait croisés en un autre endroit. Toutefois, le visiteur qui descendit dès que l’un des hommes, pareil à un automate, lui eut ouvert la portière ne sembla pas plus ému que cela.

 

Tous s’inclinèrent respectueusement devant lui, un des membres les plus puissants du clan Yumagachi-kai. Ce clan yakusa ancien et respecté par les autres organisations, était deuxième sur le plan national.

 

Le yakusa chaussa ses lunettes de soleil et traversa la haie d’honneur avec calme. Sa haute silhouette se déplaçait avec grâce. Ses cheveux bruns étaient courts et quelques mèches rebelles tombaient sur son front. Son visage aux traits réguliers offrait le spectacle de l’Asiatique dans la plus pure tradition... si ce n’était sa peau d’albâtre et ses yeux verts dissimulés derrière les verres fumés de ses lunettes.

 

La physionomie du yakusa dégageait un mélange d’animalité et d’assurance. Son flegme apparent imposait le respect, plus que sa position dans le clan. C’était surtout le charisme qui se dégageait de lui qui intimidait les autres yakusa.  Pourtant au fond de lui, Enma Shunsuke ne se sentait pas très à l’aise alors qu’il franchissait le seuil de la demeure du clan Akimichi.

 

Combien de responsables du clan avait convoqués le Kumiko ? Et tout ce décorum ? Pourquoi les avaient-ils appelés ? Le coup de fil qui datait pour lui du matin même avait été des plus laconiques. Il n’avait pas eu le temps d’en discuter avec quiconque. Et d’ailleurs, les autres membres du clan n’en avaient pas eu le temps non plus apparemment.

 

Les domestiques s’inclinèrent un à un sur son passage ; le majordome se présenta devant lui et lui ouvrit le passage. L’étiquette suivie en ce lieu aurait pu le faire passer pour une maison de la haute noblesse, songea Shunsuke.

Son guide fit glisser un fusuma* qui dévoila une foule d’une centaine d’hommes, tous habillés de noir. Le yakusa retira ses lunettes et salua vaguement ses collègues. Les Oyabun du clan, venus de tout le Japon, se trouvaient là, ainsi que les cadres des différentes sections de l’organisation. La réunion était donc d’importance… mais pourquoi aussi précipitamment ? Pour Enma Shunsuke, tout cela sentait mauvais.

 

Le yakusa croisa le regard d’Omura Kanezane, l’Oyabun dont il dépendait. Il s’inclina et ce dernier lui adressa un regard bienveillant et toujours énigmatique.

 

« Enma ! » La voix moqueuse et faussement enjouée de Tanaka Eiji lui fit tourner la tête.

 

Il était habillé de ses habituels trois-pièces dont la veste et le spencer étaient ouverts en grand sur une chemise blanche. Une chaîne en or à gros maillons était accrochée autour de son cou ; Shunsuke remarqua les diamants cloués à ses oreilles. Sans le vouloir, Enma laissa échapper un soupir légèrement exaspéré : Tanaka ressemblait de plus en plus au macro qu’il était. Les goûts de cet homme le dépassaient…

 

« Ne prends pas ton air hautain ! Tu dois être aussi nerveux que nous le sommes… »

 

Enma sortit un étui à cigarettes de sa poche intérieure et en prit une. Mais Tanaka Eiji protesta énergiquement.

 

« Tu es fou ? »

 

Tanaka était agacé par les airs de faux noble que se donnait toujours Enma Shunsuke. Lui savait d’où il sortait. Il ne comprenait pas pourquoi ce type se donnait des allures de prince alors qu’il sortait du ruisseau. Et en plus, il se permettait de commettre des sacrilèges, comme fumer dans cette pièce… inflammable !

 

« Ne  prends pas ton cas pour une généralité Tanaka … »

 

Le visage de Shunsuke ne laissait rien transparaître de son agacement. Puis, reprenant après une courte pause durant laquelle il retrouva son sang-froid.

 

« Je suis nerveux comme vous tous… Mais je ne vois pas en quoi l’étaler avancerait à quelque chose. »

 

Tanaka jetait de brefs coups d’œil fébrile autour de lui. Enma quant à lui, se dirigea vers un des murs de cette salle qui voyait rarement autant de monde s’agiter en son sein. Au passage, il croisa quelques regards, mais ils se détournaient bien vite de sa personne.

 

Shunsuke s’adossa contre une cloison et fut rejoint par le Shateigashira*, Yamamoto Shihiro, ce qui eut pour effet de faire fuir Tanaka prestement. Yamamoto l’avait dans le collimateur depuis deux accidents inexplicables, survenus quelques semaines plus tôt.

 

«Yamamoto-San, connaissez-vous ce pour quoi nous sommes réunis aujourd’hui ? Demanda négligemment le métis.

—                     Une vague idée…»

 

Le sourire avec lequel lui avait répondu Yamamoto Shihiro et son ton nonchalant firent comprendre tout de suite à Shunsuke qu’il connaissait parfaitement le but de cette réunion impromptue. Yamamoto contourna le responsable des jeux qui ne le quittait pas du regard, les paupières mi-closes, comme pour mieux cerner son interlocuteur.

 

Le Shateigashira* était fasciné par Enma à chaque fois qu’il le rencontrait. Il aimait être en sa compagnie. Il était calme et posé et généralement, les parasites le fuyaient comme la peste. Enfin, c’était dû aussi en grande partie parce que cet homme pouvait se montrer cruel et impitoyable, qu’ils l’évitaient. Seuls ceux de son rang et Omura-san ne le craignaient pas… et encore.

 

C’est parce tous savaient qu’Enma n’enfreindrait jamais le règlement qu’il se permettait une certaine familiarité avec lui, mais le reste des yakusa, soit quatre-vingt-quinze pour cent des membres du Yumagachi-kai, fuyaient cet homme qui les terrifiait.


        «Enma… j’ai su que tu avais encore fait progresser le chiffre d’affaires de ta branche. Le Kumiko* pourrait bientôt t’autoriser à ouvrir ton propre clan… d’autant que certains se sont retrouvés sans Oyabun*».

 

Shunsuke eut un coup au cœur en entendant ces paroles, pourtant il resta impassible. Il se contenta de balayer d’un regard indifférent la salle où maintenant tous discutaient de manière plus décontractée. L’attente était longue, ce qui avait pour effet de délier les langues.

 

L’esprit de Shunsuke revint vers son interlocuteur. Yamamoto cherchait-il à le tester ? Gardant une certaine prudence, le yakusa répliqua d’une voix légère :

 

«Le jour où le Kumiko le jugera nécessaire, je considérais comme un honneur de le servir de cette manière, mais pour l’instant… je ne vois rien qui me permette d’accéder au rang d’Oyabun*. »

 

Le Shateigashira resta silencieux. Enma rencontra les yeux chocolat de Yamamoto Shihiro. Cet homme était profondément intelligent et subtil. Shunsuke se demandait pourquoi il n’était pas le premier. Mais, le chef du Yumagachi-kai devait avoir ses raisons.

 

Le shōji* qui donnait sur les appartements privés du Kumiko glissa enfin. Tous s’interrompirent dans un même ensemble et les yakusa se regroupèrent selon leur rang devant la porte. Ils s’installèrent en seiza* et s’inclinèrent devant leur chef.

 

Shunsuke s’était agenouillé à côté d’Omura-San. Ils fixaient l’homme âgé, approximativement d’une soixantaine d’années qui s’avançait dans la pièce, le visage sombre. Un domestique habillé d’un yukata vint se placer derrière lui et plaça un zabuton* pour lui permettre de s’asseoir confortablement sur le tatami.

 

L’homme s’installa et tous se redressèrent quand ils en reçurent l’ordre. Shunsuke sentit le poids du regard du Kumiko peser sur lui. La lueur de satisfaction qui luisait dans ses yeux le rassura sur sa position au sein du clan. Dernièrement, Akimichi Eitaro avait fait un écrémage au sein de ses troupes et chacun tremblait quant à son avenir au sein du clan.

 

«Messieurs, je vous remercie d’avoir tous répondu présents à mon appel…»

 

Shunsuke réprima un sourire ironique. Comme si quelqu’un ici, pouvait ignorer un appel du Kumiko ! 

 

« La tenue de cette réunion a dû en surprendre plus d’un. Elle a pour but de vous informer qu’une guerre ouverte est déclarée avec le clan Inashita Rengo.»

 

Un murmure parcourut la salle. Shunsuke fronça les sourcils. Il savait que ce clan cherchait à prendre la deuxième place, mais de là à engager une guerre ouverte ? La voix calme et mesurée du chef de clan reprit :

 

«Vous savez tous que le clan Inashita monte en puissance depuis qu’ils ont ajouté le trafic de drogue à leurs activités. La région de Kobe est sous leur contrôle depuis deux ans… Nous avons perdu quelques intérêts là-bas, mais nous avons réussi à les contenir malgré tout. Aujourd’hui le clan Inashita s’attaque à Tokyo… et à notre position ! »

Un silence plana, durant lequel l’Oyabun fouilla le regard de ses hommes.

 

«Je refuse de céder à ce trafic, il ne correspond pas à l’étique de notre clan… Koizumi a décidé de s’infiltrer sur notre territoire. Pour moi, il est hors de question que ce groupe vienne se mêler de nos affaires. » Le ton était devenu imperceptiblement plus dur.

 

« Nous avons eu confirmation qu’une vingtaine de shatei*, sous la responsabilité de Kotari-San, ont été assassinés. Nous avons trouvé sur l’un des corps l’emblème du clan Inashita. Veulent-ils aussi nous affaiblir en supprimant notre apport en personnel ? Nous mettre dans l’impossibilité de faire face aux demandes qui nous sont faites auprès des entreprises afin de s’implanter plus rapidement dans notre secteur ? J’ai demandé à Takeshi-san de pourvoir à la sécurité des shatei. De plus, Nagata-san s’occupera de fournir de la main-d'œuvre pour combler notre déficit provisoire en hommes. »

 

Le kumiko se tourna vers le yakusa qui le servait et ce dernier lui tendit un verre. Après avoir bu une large rasade, alors qu’un silence de mort paralysait l’atmosphère, Akimichi reprit brièvement

 

 « J’ai reçu hier soir un appel du fils de l’ancien Oyabun…Koizumi Ikuo… Enfin, comme chacun le sait ici, l’héritier Koizumi n’est qu’un pantin entre les mains de Xiang… N’oubliez pas qu’il a fait partie de la triade chinoise avant de se mettre au service de Koizumi et que c’est sous son impulsion que le groupe Inashita a progressé avec une telle ampleur»

 

L’Oyabun fit une nouvelle pause. Son regard sombre parcourait la salle. Son expression devint plus grave. Chacun prenait la mesure de ses paroles. Le Kumiko reprit avec le même sérieux 

 

«Il m’a confirmé vouloir reprendre tout ou une partie de notre territoire pour pouvoir étendre son marché. Puisque le clan Umeoda contrôle l’activité drogue de Tokyo sur son secteur et qu’il s’agit d’une forteresse inattaquable, c’est sur nos terres qu’ils veulent s’implanter. Je ne tolérerais pas qu’on me menace comme il l’a fait ! Koizumi n’a pas nié les assassinats commis contre les membres de notre clan... Je pense que vous savez exactement ce qui va découler de cette guerre ? Ils se sont déjà infiltrés  à Tokyo, Sapporo, Nagoya, Kyoto et Hiroshima. »

 

Le kumiko fit une nouvelle pause, permettant à chacun d’enregistrer son discours. Lorsqu’il reprit, le ton était moins dur, mais, la tension n’avait pas complément disparue, informant au passage combien les paroles qui suivraient, seraient importantes.

 

« Je vous demande de faire le nécessaire… Capturez leurs hommes. N’hésitez pas à employer tous les moyens nécessaires. Je veux un maximum de renseignements. Je veux leur faire mal et leur montrer qu’ils ne gagneront pas cette guerre. Nous avons été trop lents pour réagir… mais maintenant, je veux une implication totale de chaque branche de la famille.»

 

Le regard du chef de clan était froid. Son attitude s’était à peine modifié pourtant l’atmosphère lourde qui régnait mit mal à l’aise toute l’assemblée.

 

« Puis-je compter sur votre entière coopération ?»

 

Un cri de guerre retentit dans la salle, sourd et puissant, poussé par cent voix comme un seul homme. L’expression de l’Oyabun se détendit quelque peu.

 

«Comme cette affaire prend de l’ampleur, je vous demanderai de venir m’avertir de tout événement ou renseignement majeur… Si je ne suis pas là, vous vous adresserez à Kumigura-san ou Yamamoto-san… Soyez à l’écoute de vos hommes et sachez prendre les dispositions nécessaires qui s’imposent !»

 

La réunion continua sur les affaires actuelles du clan et Shunsuke eut la surprise d’être félicité par l’Oyabun. Il prit cela comme un honneur et il se dit que Yamamoto ne s’était peut-être pas trompé en lui parlant de l’éventualité pour lui de devenir Oyabun.

 

 

 

Senji traversa le campus d’un pas rapide. Sa haute silhouette féline se mouvait avec grâce sur l’esplanade. L’étudiant était considéré comme le plus beau parti du campus même s’il fuyait les contacts avec les autres étudiants la plupart du temps. Fujimori Senji était plutôt grand pour un japonais quoiqu’il fût métis. Sa tignasse châtain foncé prenait des reflets plus clairs sous le soleil. Son expression renfrognée ne dissimulait pas l’extrême finesse de ses traits encore empreints d’une certaine juvénilité.

 

Senji regarda sa montre nerveusement. Merde ! Il était vraiment en retard à son rendez-vous. Il se mit pratiquement à courir et entra dans le hall du bâtiment principal de Keio*. Enfin, dans son malheur il avait de la chance, car son rendez-vous se situait au rez-de-chaussée du bâtiment principal de l’école.

 

Ses yeux bleu clair déchiffrèrent rapidement le numéro des portes et lorsqu’il atteignit le 101, il souffla et reprit profondément sa respiration. L’étudiant frappa ensuite discrètement à la porte et la voix de son professeur principal lui parvint. Le jeune homme entra et tout de suite, ses yeux accrochèrent la présence d’un homme distant, assis à côté de son professeur. Il était plutôt grand et d’âge moyen, son expression sombre et préoccupée montrait combien il aurait souhaité ne pas être là.

 

Maeda-sensei* s’était levé avec un sourire et désigna de la main un siège situé entre eux et la table.

 

«Entrez Fujimori-san… Yoshitoshi-san et moi-même vous attendions…»

 

Senji s’avança et s’inclina respectueusement. Les yeux de Yoshitoshi le détaillaient si attentivement que Senji eut l’impression fugitive d’être un insecte sous microscope. À son grand soulagement, Maeda sensei* reprit avec le sourire.

 

«Norifumi-san vient de m’appeler pour nous avertir de votre retard. Il a présenté ses excuses bien entendu. Installez-vous, je vous en prie.»

 

L’étudiant en droit des affaires prit un siège et rencontra le regard perçant et noir de l’avocat.

 

«Je me présente, je m’appelle Yoshitoshi Shin, j’ai quarante-huit ans, je suis marié et j’ai un fils. Je suis un des quatre sociétaires et fondateurs de Moshikawa International Law, Patent & Accounting Office. Nous sommes à la recherche d’excellents éléments afin d’intégrer notre groupe. »

 

Yoshitoshi-san fit une courte pause comme pour permettre à Senji de se rendre compte de l’honneur qui lui était fait

 

« Même si nous nous occupons d’affaires au niveau international, nous manquons actuellement de bonnes recrues sur le plan du droit national. Actuellement, notre cabinet reçoit de plus en plus de demandes pour des litiges qui au départ, ne nous concernaient pas vraiment. »

 

Senji écoutait avec attention l’homme en face de lui qui se servait un verre d’eau. Il prenait son temps et l’étudiant demanda poliment.

 

«Est-ce indiscret de demander pour quelle raison votre cabinet à décidé de prendre ces affaires en comptes ?

— J’allais y venir…»

 

L’homme semblait pousser un soupir. Les traits de l’avocat qui était plutôt rigide jusqu’ici se détendirent un peu. Ses yeux que Senji avait crus noirs à son arrivée s’avéraient en fait d’un brun très soutenu. La lueur qui brillait à l’intérieur de son regard les éclaircissait en quelque sorte.

 

«En fait, suite à une affaire personnelle d’un de nos collaborateurs, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions développer notre activité. Pas que nous n’y pensions pas au départ… mais nous n’avons jamais eu le temps matériel d’y réfléchir à tête reposée. Suite à cet événement imprévu, nous avons décidé d’y mettre un des associés… Huang-san. C’est avec lui que vous travaillerez. Normalement, c’était lui qui devait effectuer cet entretien malheureusement, il a été retenu ailleurs…. Bref ! »

 

Yoshitoshi-san repris sa respiration avant de conclure, continuant de sonder Senji de son regard scrutateur.

 

« Actuellement nous avons trois personnes travaillant dans le domaine du droit national… mais nos clients sont de plus en plus nombreux, et nous sommes contraints d’engager de nouveaux avocats… et vous en faites partie !»

 

Senji ouvrit les yeux de surprise. Comment avait-il eu vent de son nom ? Comme s’il lisait dans ses pensées, l’avocat reprit :

 

«Nous avons demandé à monsieur Maeda ici présent de repérer en début d’année les meilleurs éléments et de nous fournir au moment du dernier stage, les dossiers des étudiants les plus prometteurs… or vous êtes le major de votre promo et… votre double compétence nous intéresse.  »

 

L’étudiant en aurait presque rougi et il observa Maeda sensei avec reconnaissance. Yoshitoshi continua à nouveau, ne s’attendant pas beaucoup à une réponse sur l’instant.

 

«Donc, si nous avons bien compris, votre nouveau stage débute dans deux mois… n’est-ce pas ?

—                     Oui…

—                     Bien… Etes-vous prêt à vous investir dans notre cabinet ?

—                     Ce serait un honneur Monsieur…»

Un sourire bref apparu sur les lèvres pleines de Yoshitoshi-san. Puis reprenant son sérieux, il continua :

«Nous allons vous contacter prochainement pour vous donner votre date d’entrée dans la société… Je pense que vous commencerez peut-être quelques jours après la date officielle qui tombe pour nous au plus mauvais moment. J’ai déjà vu avec Maeda sensei ici présent… Pour votre rétribution…, nous en reparlerons plus explicitement lorsque vous viendrez dans nos locaux…

– Vous ne souhaitez pas en savoir plus sur moi ou… »

 

Yoshitoshi haussa un sourcil et finalement secoua la tête. Ses yeux glissèrent vers sa montre et il marmonna comme à lui-même

 

«Nous sommes passablement débordés ces derniers temps. Et l’entretien avait surtout pour but de me faire une opinion sur vous. Comprenez bien Fujimori-kun que nous avons une certaine réputation et que nous souhaitons la préserver. En dehors du parcours scolaire, nous essayons d’avoir des personnes de haute moralité parmi nos employés. Nous nous informons également sur votre entourage et vérifions tous les casiers judiciaires. Pour nous il est impensable qu’un quelconque scandale éclabousse notre société… Vous me comprenez ?»

 

Senji s’était légèrement raidi sur sa chaise et se demanda jusqu’où allaient leurs tolérances ? Le jeune homme approuva en hochant la tête. Une expression satisfaite vint se peindre sur le visage plutôt séduisant de l’avocat.

 

« Je suis plutôt heureux de notre future collaboration Fujimori-kun…

—                     Je me réjouis d’avance de pouvoir intégrer votre cabinet…

—                     Bien… bien…»

 

Yoshitoshi se leva, attrapa sa sacoche et après un dernier salut vers le jeune homme, l’avocat fut raccompagné par Maeda sensei. Senji fronça les sourcils et resta un instant immobile. Il songea qu’il devrait être très discret quant à ses relations personnelles… Il ne devait pas être bon d’afficher son homosexualité dans ce cabinet… où autre part ailleurs de toute façon. Une toux derrière lui le fit sursauter. Le jeune homme se tourna et ses yeux bleu clair se posèrent sur son professeur qui l’observait avec un sourire légèrement moqueur. Il s’était adossé à la porte et remarqua à haute voix

 

«Je crains pour vous Fujimori-kun qu’il vous faudra cacher vos préférences sexuelles…»

 

Senji rougit légèrement et demanda

 

«Je ne vois pas de quoi vous me parlez…

—                      Tss… je vous ai surpris il y a quelques mois en compagnie d’un jeune homme avec qui vous sembliez entretenir plus qu’une simple relation d’amitié…»

 

Le jeune homme pâlit et Maeda-sensei reprit calmement.

 

«Je n’ai aucunement l’intention de dire quoi que ce soit… de toute façon, je n’aurais même pas proposé votre candidature si cela me posait un problème. Juste un avertissement, soyez discret !

—                      Je n’ai jamais eu l’intention de l’étaler au grand jour… Je… je…

—                      Le souci pour vous, c’est que le monde est petit… Alors, conseil d’ami… éviter les endroits trop publics.

—                     Je ne vais pas vivre en reclus également… j’ai une vie sociale ! »

 

Senji sentait la colère monter en lui et serrant les poings. Il n’était pas un monstre non plus. Il souffla intérieurement pour relâcher la pression, il rétorqua d’une voix lasse


«Merci sensei… Je prendrai vos conseils en compte…

—                      Bien ! Et bien félicitation Fujimori-kun !

—                      Sommes-nous nombreux à commencer pour le cabinet ?

—                      Deux… pour l’instant.

—                      Je pensais que… nous serions beaucoup plus…

—                      Ils vont certainement passer par d’autres universités pour compléter leur recrutement…»

 

Maeda-sensei se caressait le menton songeur. Puis, se redressant enfin de la porte sur laquelle il s’appuyait encore, l’homme en empoigna la poignée et après un dernier salut chaleureux, sortit et laissa son élève se remettre de la bonne nouvelle qui venait de lui parvenir.

 

Senji quitta également les lieux et se dirigea vers sa chambre. Le sentiment qui le dominait à ce moment-là était surtout la joie. Il allait enfin pouvoir travailler pour un grand cabinet et surtout un avenir radieux allait l’attendre. Il en était certain. En cours de route, Senji attrapa son portable et appela son meilleur ami…

 

« Tsuneo ?

—                     Senji ! Comme, je suis content de te parler ! Que t’arrive-t-il petit frère ?

—                     J’ai décroché un job… ça y est ! S’écria brutalement le jeune homme excité.

—                     Génial ! Papa et maman vont être contents.

—                     Je ne leur ai pas encore annoncé la nouvelle… je voulais d’abord t’en parler. J’voulais aussi t’inviter à prendre un verre. Après tout… si tu n’avais pas été là, je ne crois pas que je serai parvenu à terminer cette dernière année. Tu pourrais te joindre à moi ce soir ?

—                     Euh… je ne sais pas. Je vais voir avec Kumiko et je te rappelle pour confirmer. Les enfants ont été malades aujourd’hui. Si ce soir, ce n’est pas possible, j’essaierai demain… Ça te va quand même ? Interrogea Tsuneo avec espoir.

—                     Oui, sans aucun problème grand frère… J’attends ton coup de fil. Enfin, si Hisa et Eiji ne vont pas bien… »

 

Tsuneo éclata de rire et reprit, moqueur

 

« Les deux monstres sont maintenant en pleine forme, mais je préfère en parler à Kumiko… Je ferai mon possible… A tout à l’heure et encore félicitation ! 

—                     Merci et à tout à l’heure… au pire demain… »

 

Senji grimpa les marches qui l’emmenaient à sa chambre et lorsqu’il ferma la porte, il s’appuya contre le battant. Son cœur battait la chamade. Moshikawa International était un des cabinets d’avocats les plus prestigieux… Il n’avait qu’une hâte, c’était fêter son poste avec son frère et célébrer sa nouvelle vie plus tard avec le reste de la famille.

 

L’étudiant songea à Tsuneo qui était la personne la plus importante à ses yeux. Son frère aîné, son confident, son ami, mais aussi, un soutien financier pour ses études. Senji ne le remercierait jamais assez pour tout ce qu’il avait fait pour lui.

 

 

Dans la foule compacte qui se pressait autour de lui, Senji se tenait immobile. Plusieurs fois, il avait failli se faire emporter, comme si le courant puissant qui agitait les rues de Tokyo voulait l’attirer dans les profondeurs abyssales de la ville. Mais ses yeux restaient ancrés à l’étage où bientôt, il prendrait possession de son bureau… enfin, bureau… il serait considéré dans un premier temps, un stagiaire et allait devoir faire les photocopies et préparer le café et autres tâches ingrates, mais, il semblait que beaucoup d’attentes pesaient déjà sur ses épaules.

 

Un sourire vint enfin fleurir sur ses lèvres sensuelles et il songea que même si les premiers mois, son salaire était modeste, d’ici quelque temps il pourrait s’offrir un appartement des plus confortable et être indépendant. Ses parents n’allaient plus souffrir de ses multiples spécialisations.

 

Senji quitta enfin son poste d’observation et marcha le cœur léger. Il avait l’impression de flotter… la seule chose qui lui manquait dans sa vie finalement c’était… une personne à aimer… Mais trouver quelqu’un était presque impossible avec son emploi du temps… Comment pourrait-il trouver quelqu’un avec qui il pourrait partager son quotidien ?

 

Enfin, chaque chose en son temps… Le jeune homme s’engouffra dans le métro et prit la ligne qui le conduirait vers les quartiers branchés de la ville. Tsuneo l’attendait pour prendre un verre.

 

 

 

«Enma… cesse de te la jouer cool… et viens ici faire une partie de shōgi* !»

 

Haussant un sourcil, Shunsuke tourna légèrement la tête et cessa de contempler le jardin de l’Oyabun. Nagata Takumi, le responsable de l’immigration clandestine, posait devant lui les pièces du jeu et l’observait, l’air moqueur.

 

«La dernière partie que nous avons jouée ensemble te reste au travers de la gorge… avoue !

—                     Ne prends pas tes rêves pour une réalité Nagata Takumi !»

Un ricanement se fit entendre dans la salle et ce fut Kamigura Kenichi, le Wakagashira* qui répondit

«Cela doit être dur pour toi… être le responsable des jeux et se faire battre à plat de couture par Nagata...»

 

Shunsuke se leva et retira sa veste pour s’asseoir sur le zabuton qui faisait face à celui de Nagata. Pas qu’il s’avouait vexé, mais il n’avait rien d’autre à faire et l’ennui commençait à le ronger malgré tout. Nagata Takumi afficha un sourire narquois.

 

«Voilà un homme…

—                     La ferme et commence…»

Les autres responsables qui jusqu’ici tuaient le temps comme ils le pouvaient s’installèrent tous sur leurs coussins pour observer les phases du jeu. Les deux adversaires étaient concentrés et les plaques se déplaçaient rapidement sur le shogiban*.

 

«Shunsuke… tu m’as l’air en meilleure forme aujourd’hui »

 

L’homme haussa les épaules, suivant du regard le parachutage* de son adversaire. Tanaka Eiji ricana et déclara mielleusement

 

«C’était peut-être dû à son manque d’activité sportive… à ce moment-là !

—                     La ferme Tanaka ! Maugréa le responsable des jeux.

—                     Quoi ? J’pourrais t’fournir les plus belles femmes et toi, tu préfères les hommes ! Quoique les pauvres… ce n’est vraiment pas de chance pour eux de tomber sur toi !»

Shunsuke releva brièvement la tête et observa l’homme de taille moyenne. Tanaka arborait une mine innocente qui exaspéra le joueur.

 

«Allez, avoue Shunsuke… combien de temps tu réussis à les garder tes minets ?

—                      La ferme ! Ça ne te regarde en rien !

—                      Je ne l’ai jamais vu deux jours de suite avec le même, c’est sûr !»

La remarque posée d’Uchiwa Choji énerva le métis qui serra un peu les dents. Ce n’était pas le moment de le chatouiller avec ses relations personnelles. De plus, que cela vienne de ce type, c’était pire que tout pour lui. Le responsable de la branche monétaire du groupe était quelqu’un de très discret qui ne se mêlait jamais des affaires des autres… ouvertement !

 

«C’est vrai… Marmonna son adversaire du moment. » Les yeux noirs de Takeshi le scrutèrent intensément. « Je ne t’ai jamais vu avec qui que ce soit, et ceci, sérieusement… Pourtant, nous sommes entrés en même temps dans le Yamaguchi-Kaï.

—                     De quoi tu te mêles-maint…

—                     C’est vrai… »

 

Suzuki Jiro le Saiki-komon* qui avait le regard rivé sur le shogiban* réfléchissait manifestement maintenant sur les relations qu’avait pu entretenir le responsable de la branche jeu avec ses partenaires.

 

« A croire que tu as peur de rester plus d’un soir ou deux avec la même personne. En plus, tu ne choisis que des hommes qui font partie du milieu…

—                     Et si… tu essayais de sortir avec un katagi* pour une fois ?»

 

Shunsuke leva la tête pour fixer Akimishi Masahiro comme s’il était fou. Un fin sourire étirait les lèvres du fils du Kumiko. Jamais Shunsuke n’aurait cru qu’il se mêlerait à cette conversation.

 

«Ça élargirait ton horizon certainement… et puis qui sait… ça pourrait durer plus longtemps ! Sourit le Wakagashira* pour soutenir Akimishi Masashiro.

—                     Vous essayez de me caser ou quoi ?»

 

Maintenant le yakusa se sentait nerveux et ne comprenait presque plus rien à la partie, contrairement à son adversaire qui arborait un sourire carnassier, prêt à plier la partie une nouvelle fois.

 

«De toute façon, comment pourrais-je rencontrer la perle rare chez les katagi qui accepterait de sortir avec moi ?

—                     Il suffirait qu’il ne soit pas au courant !»

 

Tanaka avait replié ses bras devant lui et observait Enma avec attention. Quelques mèches retombaient sur son front haut, et ses yeux verts... Il était réellement plus que séduisant. S’il avait été hétérosexuel ou bi à la limite, il aurait fait un malheur sur la gent féminine… Il le jalousait en quelque sorte, mais là… ce serait vraiment amusant de le voir peiner pour garder une relation.

 

«C’est simple ! Fit soudainement Suzuki Jiro comme s’il sortait d’un rêve. Et si nous passions une petite annonce ? Sur Internet ou dans les journaux spécialisés gay ?

—                     Mais vous êtes timbrés…

—                     Un peu de respect jeune homme. On essaye de te trouver quelqu’un de bien ! »

 

Le Wakagashira était tout à fait sérieux en disant cela. Enma posa ses plaques et se redressa, exaspéré. Il attrapa sa veste et se dirigea vers la sortie.

 

«Et attends Enma… j’allais encore gagner ! Protesta Nagata Takumi, furieux.

—                     J’m’en fous ! Vous n’avez qu’à vous en prendre à vous même… Mais sachez que je ne m’occuperais pas de cela… Débrouillez-vous !

—                     Vraiment ? Demanda Tanaka.»

Un sourire pervers vint tordre ses lèvres et il ricana doucement.

«Je peux m’en charger sans problème, mon petit Enma…

—                     Il mesure un mètre quatre-vingt-dix, crétin… Tu ressembles à un nain à côté, se moqua Takeshi Satoshi qui ramassait les pièces.

—                     Rira bien qui rira le dernier… Je vais lui trouver la perle rare… »

 

Bientôt tous les hommes du clan se dispersèrent et chacun oublia l’incident… sauf Tanaka.

 

 

 

 

Senji entra dans le B Bar en poussant la double porte vitrée. L’atmosphère sombre obligea le jeune homme à cligner des yeux. Puis, les petites tables rondes, le grand bar brillamment éclairé, contrairement au reste de la pièce, lui sautèrent au regard. Le rouge et le noir étaient les couleurs dominantes de l’établissement. Le décor était moderne et la clientèle triée sur le volet.

 

Senji trouva son frère installé devant le comptoir. Il traversa rapidement l’établissement. Le jeune homme secoua la tête et songea que Tsuneo était fou. Il lui avait donné rendez-vous dans un bar gay ! Quelque part, c’était pour cela qu’il aimait son frère. C’était pour sa tolérance et son humanisme qu’il l’appréciait.  Rien ne le choquait, rien ne semblait le perturber dans ce monde.

 

Ses seules préoccupations étaient sa femme Kumiko et leurs deux enfants. Hisa et Eiji adoraient leur père d’ailleurs. Tsuneo ne le regardait pas lorsqu’il s’approcha et c’est d’une claque dans le dos que Senji se fit remarquer de lui.

 

« Sunako n’a pas voulu se joindre à toi ?

—                     Je n’ai rien dit du tout ! Je suis désolé pour la semaine dernière ». Repris Tsuneo ennuyé. « Nous étions vraiment coincés Kumiko et moi…

—                     Ce n’est pas grave… Tu es là aujourd’hui !

—                     Alors, tu as vu ?

—                     Hai !

—                     Et ? Ça te plaît ? »

 

Senji commanda un whisky et s’installa confortablement sur son tabouret. Il fit face à son frère qui était sa… copie conforme. Chacun les prenait pour des jumeaux, mais les deux frères avaient deux ans d’écart. Tsuneo était un écrivain à succès. Il écrivait depuis tout petit et c’était alors qu’il intégrait l’université pour entreprendre des études littéraires qu’il avait été approché par une maison d’édition. Depuis, sa vie avait radicalement changé.

 

« Raconte ! »

 

Senji avala tout d’abord une rasade de son breuvage ambré avant de se lancer.

 

« Hum… je n’ai pas encore rencontré mon futur responsable. Apparemment, il a passé sa journée auprès d’un client très important. Sinon, je n’ai pas vraiment de bureau. Je travaille sur la plateforme et j’ai passé ma première journée à faire des photocopies, du café, être présenté au personnel et… j’ai rempli mon contrat de travail. Enfin, de stage… devrais-je dire !

—                     Quelque chose te chagrine ? S’inquiéta son frère.

 

Senji secoua la tête et fixa Tsuneo intensément.

 

« Tu vois… je sais que je devrai être content de mon sort… enfin, je le suis. Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais, je me sens déstabilisé d’effectuer ce genre de tâches… alors que j’ai travaillé si dur pour en arriver là où j’en suis ! »

Le jeune homme se gratta la tête, contrarié. L’écrivain sourit et ébouriffa les cheveux de son frère.

 

« Senji, tout le monde commence comme cela, études ou pas !  Moi, à ta place, je ne m’inquiéterais pas trop, petit frère ! Tu as beaucoup de qualités et vu ton parcours, je ne pense pas que tu restes très longtemps à la place où tu es. Alors, affiche-moi un sourire et trinquons à ta nouvelle place d’avocat…

—                     Avocat stagiaire. Rectifia Senji avec un clin d’œil.

—                     Si tu veux ! Au nouvel avocat stagiaire… Fujimori Senji ! »

 

Les deux hommes levèrent leurs verres et finirent leurs boissons d’une traite. Senji fit un geste au barman pour qu’il leur serve à nouveau un verre.

 

« Oh… tu pervertis un vénérable père de famille Senji, se moqua Tsuneo.

—                     Père de famille, je suis d’accord… mais, je ne vois rien de vénérable chez toi Tsuneo, ricana Senji. Et puis, je te signale que tout vénérable que tu sois… tu m’as donné rendez-vous dans un bar gay ! »

 

Tsuneo éclata de rire et attrapa son verre que le barman venait de déposer devant lui. Il le remercia d’un geste et leva son verre.

 

« Et pourquoi pas ? Personnellement, je m’en moque comme de ma dernière chemise. Et tous ont été corrects ici.

—                     Tu n’as pas choisi non plus le troquet du coin ! »

 

L’écrivain éclata de rire et adressa un sourire en coin à Tsuneo.

 

«  En parlant de respectabilité et de vénérabilité… Tu comptes te caser quand, maintenant que tu as un boulot ? »

 

Senji faillit s’étouffer à la question de son frère. C’était la question qui le turlupinait depuis quelque temps. Sur le campus, il aurait pu avoir de multiples occasions, mais il n’avait jamais rien concrétisé ou presque. Enfin, il devait se l’avouer, il avait préféré se consacrer à ses études plutôt qu’à sa vie amoureuse. Mais maintenant…  il ne voyait pas très bien où il pourrait trouver l’âme sœur.

 

« Tu vas sortir un peu pour trouver quelqu’un ?

—                     Je n’aurai pas vraiment le temps Tsuneo.

—                     Tu comptes aller où ? Ou faire comment, si tu ne sors pas ? »

 

Senji posa son menton sur sa main et observa son frère du coin de l’œil. Tsuneo avait une vie beaucoup plus épanouissante que la sienne, en y regardant de plus près.

 

« Alors ?

—                     Je n’en sais rien… »

 

Senji fronçait les sourcils à présent. Il reprit d’une voix traînante

 

« Il est hors de question que j’ai une aventure au boulot… ils m’ont bien fait comprendre qu’ils ne voulaient pas de scandale. Et puis, je n’ai pas envie d’être regardé comme une bête curieuse si cela venait à se savoir ! »

 

Tsuneo examinait attentivement son petit frère. Il était vrai que son orientation sexuelle était un problème ou plutôt représentait un obstacle pour sa carrière. Jamais, il ne pourrait s’exhiber avec son « fiancé ». Tsuneo admirait Senji. Il se souvenait de la tête de son jeune frère alors qu’il l’avait trouvé pleurant dans sa chambre, venant d’essuyer son premier refus. L’ayant poussé à bout pour savoir ce qu’il s’était passé, Senji lui avait hurlé qu’il était homosexuel et qu’il n’avait aucune chance d’avoir qui que ce soit dans sa vie.

 

À partir de ce moment là, Tsuneo avait protégé Senji et avait essayé de comprendre son frère. Sur ses conseils, Senji avait avoué son orientation sexuelle à leurs parents et ces derniers avaient eu assez d’ouverture d’esprit pour accepter. C’était grâce à son grand frère en quelque sorte que Senji avait eu son premier petit ami. Il s’agissait de Kyoshi, le meilleur ami de Tsuneo, qui à force de venir à la maison, était tombé sous le charme de Senji.

 

Son petit frère avait toujours été plus mature que son âge et il fascinait Kyoshi. Parfois, ce dernier se trompait. En croyant enlacer Senji…, il s’attaquait à lui. Tsuneo généralement, calmait ses ardeurs en lui envoyant une pichenette sur le front. Son ami s’excusait misérablement pendant un bon quart d’heure ensuite. Ce souvenir amena un sourire chez Tsuneo.

 

« Peut-être devrais-tu chercher sur internet ? Suggéra l’écrivain en finissant son verre à nouveau.

—                     Je vais tomber sur des malades ! Ce n’est pas de sexe… enfin, je voudrais une relation sérieuse…

—                     Il doit y avoir des agences sérieuses… Renseigne-toi au lieu de rejeter d’emblée !

—                     Je n’en sais rien… » Senji posa son verre lui aussi. « J’ai peur de…

—                     De quoi ? D’être heureux ? Suggéra Tsuneo

—                     Non ! Protesta Senji. C’est juste que je n’ai pas l’habitude…

—                     Depuis combien de temps, tu n’as pas eu de véritable relation ? Depuis Reiho ? Soit presque trois ans …

—                     La ferme ! Marmonna Senji contrarié.

—                     Senji… en dehors d’internet, tu devrais pouvoir trouver des agences spécialisées, tu sais… , il faudra bien que tu sortes ! Insista son frère.

—                     Pourquoi de ma vie professionnelle est-on passé à ma vie amoureuse ? Maugréa Senji.

—                     Parce que c’est la seule chose qu’il te reste à stabiliser à présent ! Sourit Tsuneo. Même papa et maman aimeraient bien te voir casé. Je ne parle pas de Sunako… Marmonna l’écrivain. Notre chère petite sœur organiserait un Omihei* pour toi !"

 

Senji éclata de rire en imaginant sa fantasque sœur en kimono et lui tendre des dossiers de candidats le plus sérieusement du monde.

 

« J’éviterai de parler de ce sujet devant elle… Pour ce qui est de ma vie sentimentale, laisse-moi un peu de temps, Tsuneo. »

 

Le jeune homme observa son frère et lui adressa un sourire rassurant. Les deux frères quittèrent l’établissement quelques minutes plus tard pour se rendre dans un autre bar. C’était leur soirée et ils étaient bien déterminés à se souler avant de rentrer !

Par jijisub
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