Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 13:18

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Habillée chaudement dans sa veste en laine, doublée de fourrure, Analan se dirigeait d’un pas timide vers le port. Ses amies ne faisaient rien pour l’encourager à continuer. Elle jeta un œil par-dessus son épaule et vit Li et Sarah se serrer l’une contre l’autre. Ce comportement la fit lever les yeux vers les cieux plombés.

 

« Bon sang ! Ayez un peu de courage…

—     Tu es marrante ! » Rétorqua à la fois contrariée et apeurée Li. « C’est au port que tu vas… et pour voir Guo Niu ! Dans ma famille, il est méprisé, il n’est pas un bon Chinois.

—     Je m’en fiche, de ce que pense ta famille. Pour moi… enfin, il a sauvé mon père alors…

—     Tu te jettes bêtement dans la gueule du loup et nous avec…

—     Vous vouliez m’accompagner pour avoir le frisson. Ce sont tes propres mots Sarah. »

 

Les deux adolescentes rougirent. En fait, sous l’excitation du récit d’Analan, elles avaient voulu voir de plus près ce héros, et en plus très bel homme dont toutes les femmes parlaient avec passion. Elles avaient occulté, tous ses types à la mine patibulaires qui les lorgnaient avec un intérêt concupiscant. Analan remonta ses mains dans son manchon en fourrure où elle avait caché un coutelât effilé.

 

« Franchement, je crois que toute cette histoire ne nous regarde pas ! » Lança Sarah prête à faire demi-tour.

—     Très bien ! Je ne te retiens pas… » Répliqua froidement. « Mais, tu pars sans moi, et pour rappel je suis la seule à être armée parmi nous.

—     Armée ? » Remarqua Li d’une voix stridente. « Tu plaisantes, tu as vu la taille de leur sabre ou de leur couteau.  Y’en a même qui ont des armes à feu Analan… on s’en va c’est trop dangereux… regarde comment ils…

—     Tu devrais écouter tes amies, Mademoiselle Heyward. »

 

Surprises, elles se tournèrent vers Guo qui portait une petite caisse sur l’épaule. Il était accompagné par plusieurs de ses hommes, tous chargés. Il se tourna vers eux et déclara sombrement.

 

« Allez finir de charger le Tian Chi… je vous rejoins.

—     Bien capitaine ! » Lança le second, avant de faire un geste vers l’ensemble des hommes présents pour reprendre la route.

 

Analan rencontra le regard pénétrant du Chinois qui se posait à nouveau sur elle. L’adolescente rougit en songeant aux paroles de ce dernier. Elle se trouvait mal à l’aise et ridicule subitement.

 

« Tu pars ? » Balbutia-t-elle surprise.

 

Niu éclata de rire et ébouriffa les cheveux d’Analan affectueusement.

 

« Bien sûr ! Ma vie, je ne la passe pas sur la terre ferme ! Je te rappelle que je suis un pirate…

—     Je le sais, mais je ne m’attendais pas à aussi tôt… enfin, je…

—     Je te manquerais donc ? » Taquina l’homme en se penchant vers une adolescente cramoisie.

—     Imbécile ! Comme si tu pouvais me manquer…

—     Bien, bien… » Sourit Guo, en se redressant. « Je vais te raccompagner vers des rues plus fréquentables pour toi et tes amies. Ce sera plus sage. N’est-ce pas mesdemoiselles ? »

 

Analan se tourna vers ses deux amies qu’elle avait un peu oublié au passage, depuis l’arrivée de Guo dans les parages, et fut stupéfaites de voir des étoiles dans leurs yeux. Elles paraissaient hypnotisées. Sarah et Li hochaient la tête avec un air rêveur qui agaça Analan. Il était à elle ! Surprise par sa réflexion, elle blêmit. Perdait-elle la tête ?

 

« Quelque chose ne va pas ? » Interrogea l’Asiatique qui avait vu le changement de comportement de l’adolescente.

« Non, tout va bien.  Je crois que tu as raison, je vais… retourner chez moi.

—     Ton père va mieux, j’ai entendu dire. » Continua nonchalamment Guo.

—     Oui, c’est pour cela que je venais. Je… je ne t’avais pas vu depuis… depuis…

—     C’est terminé Analan. »

 

Guo posa sa main sur l’avant-bras de la brune qui leva des yeux de bête traquée vers lui. Il pressa doucement sur le membre et repris sereinement.

 

« Oublie cela.

—     Je voulais te remercier pour ce que tu as fait ce jour-là… Jamais papa ne serait vivant, si tu n’étais pas intervenu…

—     Je ne l’ai pas fait pour lui, Analan. » Répondit sérieusement Niu en fixant Analan droit dans les yeux. « Je l’ai fait avant tout pour toi ! Je ne t’ai jamais menti, lorsque j’affirmais que je voulais faire de toi ma femme. »

 

Une exclamation de surprise de ses deux amies, leur fit tourner la tête. Pour ensuite, reporter leurs attentions sur eux. Analan demanda d’une voix enrouée.

 

« Et tu as changé d’avis ? »

 

Guo éclata de rire, laissant voir des dents blanches parfaitement alignées. Il secoua la tête et tapota le sommet du crâne d’Analan.

 

« Si je pouvais, je t’embarquerais de force sur le Tian Chi. Mais… par respect pour ton père et pour toi, je ne le ferais pas. J’attendrais bien sagement que tu sois majeure.

—      Je ne suis pas sûre que même malgré cela papa soit d’accord.

—     Oui, mais toi tu pourras choisir la vie que tu souhaites mener. D’ici là…

—     Je pourrai tomber amoureuse de quelqu’un d’autre ! » Répondit avec défit Analan.

 

Guo haussa un sourcil et déclara moqueur.

 

« Tu sais que tu viens de m’avouer, que tu l’étais de moi ? »

 

Analan rougit violemment. Non, elle ne s’en était pas aperçue. En fait, elle le découvrait. Elle toussota pour se redonner contenance, mais ne répondit rien. De toute façon, c’était vrai. Guo eut un petit sourire satisfait et passa ses mains derrière son dos, il avait calqué depuis longtemps son pas à celui d’Analan. Il reprit.

 

« J’ai su que ton père était… toujours alité.

—     Il ne pourra plus soulever de charge lourde. Ni l’Alligator… En fait, tous les travaux qu’il effectuait avant…

—     Oui, mais il a Foa Requiem avec lui. » Répondit calmement le pirate.

—     Oui, mais il va partir un jour.

—     Là, je n’en suis pas si sûr. » Sourit Guo.

—     Pardon ?

—     Tu n’es pas au courant Analan ? » Interrogea Sarah surprise.

—     De quoi ? Je ne suis au courant de rien. Monsieur Foa s’installe en ville ?

—     Non, idiote ! C’est le petit ami de ton père !

—     Quoi ! » S’exclama livide l’adolescente. « C’est quoi cette allégation ridicule.

—     Non, c’est un bruit qui coure depuis quelque temps déjà. » Affirma sereinement Li d’un air entendu. « Ton père et Monsieur Foa sont ensemble. Y’a pas mal de femmes en ville qui pleurent… Monsieur Heyward était pas mal apprécié auprès de certaines femmes mariées.

—     C’est impossible ! Deux hommes ensemble, ça ne peut pas exister… » Fit d’une voix blanche Analan qui essayait de coller son père et Foa. Une grimace de dégoût apparut sur ses traits.

—     Pourtant, cela existe… » Répondit calmement Guo. « Certains de mes marins ont se penchant.

—     C’est impossible, je vous dis. » Rétorqua fermement Analan. « De toute façon, mon père ne fait que dormir dans sa chambre et Monsieur Foa le voit rarement… et, et…

—     Et tu devrais laisser ton père mener sa barque tout seul. Toi, quand tu auras quelqu’un dans ta vie et qu’il n’aura pas le profil que recherche ton père, vas-tu te soucier de lui demander sa permission ? C’est pareil pour toi ! » Répondit Guo sèchement. « Ne t’immisce pas dans les affaires de ton père.

—     Tu as l’air de, de… vouloir qu’ils puissent y avoir quelque chose entre deux hommes ! » Répliqua Analan.

—     J’ai vu suffisamment de choses dans ma vie, pour ne pas être choqué par quelque chose d’aussi trivial.

—     Et bien moi, je suis choquée et je ne suis pas d’accord. » Protesta vigoureusement Analan contrariée.

—     Voilà pourquoi, j’ai dit que j’attendrais ! »

 

Le couple se foudroyait du regard à présent. Guo s’arrêta et observa les environs et déclara sombrement.

 

« Je pense te laisser ici, c’est très bien. Et rentre chez toi, ou passe ta soirée chez tes amies. Ne viens plus ici. Tu n’as rien à y faire !

—     Pourtant, c’est vers ce genre de vie où tu veux m’entraîner ! » Rétorqua Analan.

—     Oui, c’est pourquoi tu as intérêt à bien y réfléchir. Sur ce, passe une bonne journée. »

 

Niu s’inclina vers elle, puis vers ses amies, avant de faire un demi-tour impeccable et disparaître dans la foule de marins. Un frisson traversa Analan. Elle songea à son père et au Jackal resté parmi eux.

 

« Allez Analan, ne restons pas là… rentrons ! »

 

Le groupe d’adolescentes se dirigea vers la maison bourgeoise des Summers, et le principal sujet de discussion fut le prochain mariage d’Analan et de Guo. Enfin, surtout entre Sarah et Li qui étaient excitées comme des puces. Analan, elle s’était enfermée dans une certaine léthargie. Entre les révélations sur son père, et le destin qu’elle devrait choisir plus tard… chose à laquelle, elle ne s’était pas préparée, l’avenir lui semblait bien sombre.

 

°°o0o°°

 

En plus du ressac des vagues, les halètements d’un homme se faisaient entendre. Ce dernier soulevait des planches en bois conséquentes pour les déposer en tas près d’une construction attenante à la maison principale. Godfrey fronça les sourcils en observant les planches qu’il avait déjà scellées ensemble, il lui restait une bonne moitié à terminer. Il se pencha et en ramassa une. Bientôt l’appendice qu’il avait construit pour réfugier tout le stock qui encombrait le bureau de Nichol, serait terminé.

 

Ainsi, Nichol pourrait s’installer dans sa pièce pour s’occuper des comptes ou il ne savait quoi. Mais, au moins, il aurait une pièce pour lui. De plus, le petit aménagement qu’il avait fait au niveau des portes de l’extension du bâtiment, qui était beaucoup plus large, et la petite rampe en pente douce permettrait de rouler les tonneaux, plutôt que de les soulever. Il songea à Fox qui avait déménagé la veille. Il avait refusé de lui apporter son aide pour la construction. Seul Byrnes lui avait donné les règles de bases pour son extension.

 

Il s’accroupit pour ramasser son marteau et quelques clous. Il allait commencer à planter les premiers, lorsqu’un bruit de pas se fit entendre derrière lui. Foa tourna son visage et vit entre ses cheveux mi-longs, Analan qui l’observait fixement. Il se détourna et continua son travail. Apparemment, elle n’était pas prête pour lui adresser la parole. Durant une heure, il continua à poser ses planches et lorsqu’il se pencha pour prendre sa gourde et boire de l’eau, se fut Analan qui la lui tendit.

 

« Vous aimez mon père ? » Demanda-t-elle abruptement.

 

Surpris par cette question sans détour, Foa baissa son regard vers la fille de l’aubergiste.

 

« Je ne vois pas en quoi cela te concerne…

—     Je suis sa fille… J’ai le droit de savoir.

—     Vas-tu décider pour lui ?

—     Non, mais, j’aimerais savoir. Je n’arrive pas à croire que vous puissiez tomber amoureux et surtout pas de… d’un autre homme.

—     Ton père est le seul. » Rétorqua calmement Foa.

—     Mais c’est contre nature ! » Fit Analan outrée par ce genre de relation.

—     Qu'est-ce que tu vas faire ?

—     Je n’en sais rien…

—     Alors, ne te mêle pas de sa vie.

—     Mais, vous avez un fils, et vous pouvez reconstruire votre vie avec une femme ! Toute la ville en parle… de vous et papa.

—     Et cela te dérange ? » Interrogea Foa qui eut un coup au cœur en apprenant la nouvelle.

 

Il ne voyait presque pas Nichol depuis qu’il était revenu dans son auberge. Il n’avait pas pu lui parler. La plupart du temps, Heyward dormait, et quand il ne dormait pas, il restait enfermé dans sa chambre solitaire. Foa brûlait de défoncer cette putain de porte, mais il savait aussi que l’ancien Jackal était faible. Alors, il attendait des jours meilleurs pour pouvoir aborder le sujet. Entendre dire par Analan qu’ils étaient déjà un couple ailleurs, le surprenait et… lui plaisait.

 

« Je ne sais pas. Je ne sais plus… Je ne vous déteste pas. En fait, je vous suis reconnaissante d’avoir sauvé papa, de vous en occuper avec tellement de dévouement. De vous investir dans l’auberge… je veux dire par là, vous avez pris la place de papa avec tellement de facilité. Les clients n’ont pas l’air choqué.

—     Je ne fais rien de répréhensible.

—     C’est vrai. »

 

Godfrey arrêta et s’assit sur un gros rondin qui lui servait d’établit. Il observa Analan.

 

« Je ne veux que le bonheur de ton père… Tout ce que je fais pour lui, je ne le fais pas par pitié. Cette tête de mule refusera la moindre aide de qui que ce soit. Alors, je prends les devants. Et puis… j’aime ce coin.

—     Vous ne comptez pas partir ?

—     Si ton père veut de moi, je compte bien m’installer ici.

—     Il n’a pas encore accepté ?

—     Il ne parle à personne… et encore moins à moi. J’apprécie que tout le monde puisse nous voir comme un couple, mais Heyward Nichol ne voit en moi qu’une gêne.

—     Vraiment ? » Analan fronça les sourcils. « Je dirai que papa vous aime bien, au contraire. Il ne se laisse jamais approcher par personne. Et puis, il vous a logé chez nous, quand j’y pense à présent. Pas dans une chambre d’hôtel, mais… à la maison. Ce n’est pas son genre.

—     Arrête, je n’aime pas vivre dans l’espoir.

—     Je ne devrai pas vous en donner… mais, si papa vous aime… »

 

Godfrey se redressa et se pencha pour ramasser une nouvelle planche. Il ne voulait pas entendre ce genre de choses. Pas maintenant.

 

« Retourne auprès de lui…

—     Allez lui parler. Il n’est pas aussi terrible que vous pensez le croire. »

 

Foa ne s’arrêta pas de clouer le bout de métal. La scène ou Nichol s’acharnait sur des bouts de bois avec sa hache était assez fraîche dans ses souvenirs, lui laissant un arrière-goût amer dans le fond de la gorge. Sincèrement, il ne se sentait pas près à affronter Nichol pour l’instant. Enfin, il devrait prendre un jour son courage à deux mains.

 

°°oOo°°

 

Assis sur son lit, Nichol observait ses béquilles avec inquiétude. Gokhale était partit depuis un petit quart d’heure. Le médecin avait insisté pour qu’il se remette à vivre normalement à présent. Nichol n’était pas contre, c’était l’idée qu’il tombe sur Foa qui le tourmentait. Ses foutues béquilles lui redonnaient la possibilité d’affronter le monde, mais était-il près à faire face à Godfrey Foa?

 

Son prénom lui était devenu familier à présent. Fidersbee, Bella et Taylor lui expliquaient par le menu tout ce qu’entreprenait le Jackal. Lui n’avait pas eu le courage de le faire, il songeait notamment à l’appendice à côté de l’auberge. Même Analan était venu lui parler de Foa. Elle tentait visiblement de lui faire dire quelque chose, mais lui n’était pas prêt.

 

Finalement, il se saisit des cannes et les plaça sous ses bras. Il se redressa en grimaçant, son corps était devenu faible en plus de quatre mois d’immobilisation. Jamais, il n’aurait été si paresseux, s’il n’y avait pas eu Godfrey. Il traversa sa chambre et respira doucement, lorsqu’il affronta les escaliers. Gokhale, l’avait averti qu’il ne pourrait plus faire la plupart des mouvements qu’il effectuait avant. Son combat avec Sharck notamment ses coups d’épées avaient endommagé pas mal de ses organes internes.

 

En plus de cela, même les morceaux de bois qui s’étaient fichés dans sa jambe n’avaient pas laissé que de bons souvenirs. Il descendit avec précaution les marches et une fois en bas, entra dans la cuisine. Egan fut visiblement ému de le voir debout.

 

« Patron, je suis heureux de vous voir. Vous mangez avec nous ce midi ?

—     Oui… Monsieur Gokhale veut que j’abandonne mon statut de malade.

—     Vous avez bien le droit de vous faire dorloter de temps en temps. » Déclara Bella en entrant les bras chargés de couverts.

—     Apparemment, ma période de rétablissement est finit. Et puis, je suis en train de m’encroûter. Je vais faire un tour dans l’auberge. Analan est à l’école ?

—     Oui, Monsieur Heyward. » Répondit Bella. « Son moral va un peu moins bien depuis que Guo a quitté les environs.

—     Guo ?

—     Je crois qu’elle en est amoureuse. » Répondit Bella sur le ton de la confidence, le sourire aux lèvres.

—     C’est un pirate ! » Rétorqua Nichol.

—     Et toi un ancien Jackal… Tu as l’intention de la mettre sous serre Nichol ? »

 

Lentement, l’aubergiste se tourna vers Foa Requiem… qui ressemblait à présent à un homme ordinaire. Il portait un pantalon noir, et une chemise crème entrouverte au col, sur son cou puissant. Une veste chaude en laine sombre tomba de ses épaules. Le Jackal l’accrocha à la patère. Il repoussa ses mèches sombres collées par le brouillard extérieur.

 

« J’ai terminé de rentrer les barriques Egan, et j’ai rapporté du bois. Je retourne en salle, j’ai vu qu’Harvey Mc Neal était entré. »

 

Foa passa devant Nichol sans lui adresser le moindre regard. Son expression sombre et son attitude n’invitaient pas vraiment de toute façon à la conversation de salon. Nichol se sentait perdu. Comme s’il avait été parachuté dans un monde étranger, dont il connaissait les contours par le rêve.

 

« Venez-vous asseoir Monsieur Heyward ! » Invita Bella. « N’vous emballez pas, dès le début.

—     Tout à l’heure. Je voudrais faire le tour de l’auberge avant. Je ne commettrai pas d’imprudence. »

 

Nichol adressa un sourire rassurant à Bella. Il sortit par la porte à l’arrière de la maison. Il se sentait impatient de voir le nouveau local. Ses yeux virent que l’arrière du bâtiment était encore encombré de reste de chantier. Il marcha lentement vers le local et admira la construction. Il admit que Foa l’impressionnait. Lui était incapable de faire aussi bien. Peut-être était-ce dû au fait que sa famille possédait auparavant une fabrique de cercueil ?

 

L’aubergiste franchit l’espace qui le séparait du local. Ses doigts touchèrent le bois brut. La rugosité de la matière le rendit rêveur. Sa main s’était attardée sur la poignée, puis il avait laissé cette dernière retombée. Il fit demi-tour et en profita pour jeter un coup d’œil à son auberge. Nichol entra par la porte d’entrée principale et vit Mc Neal sortir un couteau.

 

Il traversa la pièce avec difficulté. Le trajet lui parut interminable, il bloqua l’arme qui s’arrêta à quelques centimètres de Foa, occupé à régler un autre différent d’alcooliques. Un lourd silence régna dans la pièce. Tous les regards étaient braqués sur Heyward, qui fixait Mc Neal. Il lui broya la main au passage. Le craquement de doigts fut perçu par chacun dans la salle. Foa se tourna surpris par l’agitation dans son dos. Il vit l’arme toujours braqué vers lui et la main d’Heyward qui bloquait le couteau.

 

La colère qu’il lisait sur les traits figés de Nichol, l’interpella.

 

« Je peux savoir depuis quand il est autorisé de sortir une arme dans mon auberge ?

—     M’sieur Heyward… arrêtez, j’vous en prie… ma main… ça fait mal… »

 

Nichol relâcha son prisonnier. L’ancien Jackal se tourna vers l’assemblée présente.

 

« Aurais-je besoin de vous rappeler le règlement ou bien croyez-vous que je ne suis plus assez fort pour modérer vos ardeurs  ?

—     Ce salaud n’veut pas m’servir ! Et y’s’mêle de c’qui l’regarde pas… déjà en ville la dernière fois, j’n’ai pas oublié Foa !

—     Depuis quand violer une femme est autorisé ?

—     Ta gueule ! M’donne pas des leçons d’morale lopette ! Ça risque p’t’arriver… »

 

Foa haussa un sourcil et s’approcha doucement de sa proie qui recula prudemment tout en continuant de serrer sa main tremblante dans l’autre. Il se retrouva bloqué par une table. Nichol observa Godfrey se débrouiller avec un Mc Neal qui perdait de sa superbe légendaire. Il haussa les épaules et se dirigea  vers son bar. Fidersbee vint le rejoindre.

 

« M’sieur Heyward, vous avez besoin de quelque chose ?

—     Va me chercher un tabouret… Je voudrais jouir du spectacle.

—     Tout d’suite M’sieur Heyward ! »

 

Terence attrapa un tabouret avec un grand sourire et l’installa au coin du comptoir. Ce dernier lui secoua la tête, et désigna le milieu du bar. Immédiatement Fidersbee s’exécuta.

 

« Merci Fidersbee…

—     Vous voulez quelque chose ?

—     Les cahiers sont toujours rangés au même endroit ?

—     Non, j’les ai changés de place. Comme vous étiez plus là.

—     Peux-tu aller me les chercher ? Je voudrais vérifier certaines choses.

—     Oui, M’sieur Heyward. »

 

Le regard de Nichol se dirigea vers Foa qui déménageait sans aucun problème la grosse caisse de Mc Neal. Comment se type pouvait croire un seul instant qu’il pourrait battre le Jackal ? Avait-il reçu un coup un peu trop fort sur la tête dernièrement ?

 

« M’sieur Heyward… voici. Vous mangerez ici ?

—     Non, je sens que…

—     Ne vous inquiétez pas. Je vais avertir Egan de vous mettre votre assiette au chaud pour quand vous aurez fini vos comptes ! »

 

L’employé disparu. Bella apparut accompagné d’Aaron qui bondit dans les bras de son père. La gorge de Nichol se noua. Pourquoi cela le bouleversait ? Il ne se comprenait plus dernièrement. Il ouvrit ses cahiers et observa les dépenses et les encaissements. Tout était soigneusement noté et reporté. Il ne reconnaissait pas l’écriture volontaire.

 

« J’espère ne pas mettre trompé. »

 

Surpris Nichol leva les yeux et rencontra le regard d’encre du Jackal. Un frisson traversa l’aubergiste. Il se maîtrisa et resta imperturbable face à Foa.

 

« C’est toi qui as fait ça ?

—     Egan, Bella et Terence ne voulaient pas ou ne pouvaient pas s’en occuper. Alors, me suis chargé de le faire. J’espère que je ne me suis pas trompé.

—     Je n’ai pas regardé de manière approfondit, mais tout me semble juste au premier coup d’œil. Je… je te remercie. »

 

Nichol releva la tête et fixa droit dans les yeux le Jackal. Aaron tendit les bras vers Nichol.

 

« Je peux venir avec toi ?

—     Euh…

—     Il ne peut pas Aaron. Monsieur Heyward est encore convalescent…

—     Ah… Je peux jouer dans la salle ?» Demanda le gamin pas effrayé pour un sou par les groupes d’hommes pourtant peu engageants.

—     Je préférerais que tu ailles de l’autre côté Aaron. Répondit calmement Nichol. Tu seras plus à ton aise. Tu viendras ici lorsqu’il n’y aura pas beaucoup de monde.

—     Ça fait combien ? » Fit le gamin si semblable à son père.

—     Lorsque la salle sera vide, et encore, s’il y a Bella, Terence, moi ou Monsieur Heyward. Maintenant, tu retournes à l’arrière. » Déclara fermement Godfrey en fronçant les sourcils légèrement.

—     D’accord ! »

 

Aaron quitta les bras de son père et se dirigea vers les cuisines où l’attendrai certainement Egan avec un tas de crayons de couleurs. Nichol s’aperçut qu’ils étaient le point de mire de l’établissement. Tous étaient suspendus à leurs lèvres, le regard peu amical de Nichol les fit tourner toutes leurs têtes, et bientôt le brouhaha familier repris.

 

« Nichol… il faut que je te parle. Sérieusement. »

 

L’aubergiste examina les traits de sombres de Foa. Le moment qu’il redoutait approchait. Mais, s’ils devaient discuter se serait seul à seul. Il répondit calmement.

 

« Très bien… mais pas ici. Je ne veux pas être dérangé. J’avais l’intention, cet après-midi, de me rendre à la plage. Accompagne-moi.

—     Tu m’avertiras… je veux dire, je comptais rester jusque vers quatorze heures. Il y a beaucoup de monde pour le service.

—     Je pense que j’irais m’allonger de toute façon… »

 

Nichol posa inconsciemment une main sur sa plaie qui le faisait atrocement souffrir. Foa avait suivi son regard et fronça les sourcils.

 

« Je regrette de ne pas avoir pu venir plus tôt et plus vite…

—     Tu m’as sauvé la vie, celle de ma fille. Je te suis reconnaissant Foa et plus que tu ne le penses.

—     Ce n’est pas de cela dont j’ai envie. » Chuchota sombrement le Jackal.

—     J’ai dit que nous parlerions tout à l’heure !

—     J’attendrai, ne t’inquiète pas.

—     Ça n’risque pas. »

 

Nichol se replongea dans ses livres, et Foa attendit quelques secondes avant de se détourner. Son cœur battait aussi lourdement que le jour où il avait demandé à Sheryl de lui accorder sa main. Ce n’était pas forcément gagné non plus à l’époque. L’ombre de Nichol planait toujours au-dessus d’eux. À présent c’était à Nichol qu’il allait s’adresser et lui… Foa songea résigner qu’il préférait se battre contre un Sharck en pleine forme que contre un Nichol malade. Le temps lui semblerait long d’ici aux heures à venir.

 

°°o0o°°

 

Installé sur son gros rocher qui lui servait de plongeoir quelques mois plus tôt, Nichol attendait que Foa le rejoigne. Le brouillard s’était levé, seul restait le ciel gris. Il était à peine quinze heures. Le sommeil l’avait gagné et c’est difficilement qu’il s’était arraché à son lit. L’air marin chargé d’iode, l’apaisait. Les vagues moutonnaient et le cri des goélands formait la touche finale d’un tableau ancestral de bord de mer.

 

Sa mémoire, lui repassait toute sa vie. Celle auprès de la faucheuse, ou bien avec Fox. Ce dernier d’ailleurs, avait repris un commerce à Arasma. Visiblement, il se plaisait plus ici qu’à Cicero city. Le visage de Sheryl effleura ses souvenirs pour être vite remplacé par les traits plus rudes de Godfrey Foa Requiem. Il n’arrivait pas, à définir ses sentiments pour cet homme. 

 

Un roulement de cailloux l’averti d’une présence qui s’approchait du lieu où il se trouvait. Il ne se tourna pas pour voir arriver Foa. Ce dernier se laissa choir à côté de lui. Il déclara moqueur.

 

« J’aurais pu te buter, tu sais…

—     C’est vrai…

—     Tu ne te serais pas défendu ? S’étonna Foa soucieux.

—     Que veux-tu que je fasse à présent contre toi ou n’importe qui d’ailleurs. À plus forte raison contre toi !

—     Ne soit pas si nerveux… Je ne lèverai pas la main sur toi. Tu veux une bière ? »

 

Nichol haussa les sourcils et observa la canette en verre, avant de la prendre. Il déboucha le goulot et le porta à sa bouche.

 

« Tu as pourtant brisé quelques doigts à Mc Neal… tout à l’heure.

—     S’il avait fait le moindre geste pour me faire lâcher, c’était moi qui étais à terre… » Marmonna Nichol.

—     Il ne l’a pas fait ! Ça devrait calmer quelques ardeurs…

—     Pour combien de temps ? Je ne suis pas prêt, si j’ai bien compris Gokhale de pouvoir agir comme autrefois.

—     Je suis là, moi. »

 

Les deux hommes s’observèrent du coin de l’œil. Nichol sentait un malaise le gagner. La nervosité aussi. Pour se donner une contenance, il avala une gorgée de houblon.

 

« Je ne plaisante pas. Prends-moi à ton service.

—     Je n’ai pas les moyens financiers de te payer, et tu le sais très bien, si tu as lu mes comptes !

—     Je te demande seulement d’être nourri, logé, blanchis…

—     C’est de l’esclavagisme…

—     C’est moi qui décide si les termes me conviennent ou pas. De l’argent, j’en ai plus qu’il ne m’en faut. Je pourrais même t’aider.

—     Je n’ai pas besoin de ta pitié.

—     Aimé une personne, ce n’est pas en avoir pitié. »

 

Nichol se raidit. Il ferma quelques secondes les yeux et tenta de calmer les battements de son cœur. Il était troublé, il devait au moins l’admettre.

 

« Je ne plaisante pas.

—     Je le sais.

—     Tout le monde, pense que nous formons un couple. Si c’est pour l’impact de la nouvelle sur la population, si c’est ce qui t’inquiète, c’est acquis pour tous.

—     Cela n’a rien à voir.

—     Qu’est ce qui te dérange alors ?

—     Tu es un homme, crétin ! »

 

Nichol s’était tourné sur lui avec colère cette fois-ci. Une fit une grimace de douleur. Foa passa une main sur son épaule, inquiet.

 

« Ne t’agite pas comme ça, tu vas te rouvrir tes blessures…

—     Ne me touche pas ! » Chuchota Nichol.

 

Foa rencontra le regard bouleversé de Nichol. C’était la première fois qu’il le voyait ainsi depuis bien longtemps. Le Jackal se pencha vers Nichol hypnotisé par son regard.

 

« C’est ça qui te trouble ?

—     Tu en ais un !

—     Et alors ? Tu n’es pas né de la dernière pluie… » Foa se jeta à l’eau. « Laisse-moi t’embrasser rien qu’une fois. Laisse-moi seulement faire une fois et si tu détestes vraiment ça, je te laisserais tranquille… »

Par jijisub - Communauté : World Boy's Love
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